Démarches

Daily-Fiction du blog au livre

Albéric et Matthieu, par les années et leurs voyages successifs ont rendu leur amitié légendaire. Dès leurs études à l’ESAG-Pennighen,

Le 4 décembre 2012

Albéric et Matthieu, par les années et leurs voyages successifs ont rendu leur amitié légendaire. Dès leurs études à l’ESAG-Pennighen, ils ont développé un goût commun pour les grandes traversées, les espace délaissés et les rencontres improbables. Depuis quelques années ils signent leur travail artistique sous le nom des Valeureux. Daily-Fiction est leur dernier projet.

Daily-Fiction ? Mais c’est quoi ? D’abord un blog sur le site de libération (oui oui rien que ça) Son concept ? Chaque jour, une photo inspire une histoire de quelques lignes purement fictionnelle. L’effet est marquant, vif, frais, revigorant. Pendant deux ans, le photographe et l’écrivain ont extrait de la gangue du quotidien, de l’insignifiant porté par le hasard, une matière insolite. Cette centaine de fictions proposent de véritables illuminations. La plage qui se vide, un fils qui visite sa mère, l’inconnue du bistrot, ou cette lumière étrange qui tombait sur Manhattan… Mais aujourd’hui Daily Fiction c’est aussi un beau livre.Par cette combinaison originale de la photographie et de la fiction, par la fraîcheur qui s’en dégage, par la justesse et la nervosité du trait, aussi vif qu’un instantané. Des petits bouts de bonheur, des nouvelles à lire et à voir telle une friandise que l’on s’accorderait tous les soirs. D’Odessa à New York, de Dunkerque à Stockholm, ces quidams deviennent soudain les héros anonymes de notre monde contemporain et renvoient à quelque chose d’universel .

Matthieu Raffard / Photographe
Grand voyageur, Matthieu porte dans ses paysages comme dans ses portraits une attention particulière à la lumière et à l’intimité de ses sujets. Publié à de nombreuses reprises en France comme à l’étranger, son travail a été primé en 2012 par la North American Travel Journalist Association et le Club des Directeurs Artistiques. Il est l’auteur, aux éditions Transboréal, de Nationale 7 et d’un essai sur la photographie, La Soif d’images.

Albéric d’Hardivilliers / écrivain
Albéric s’inscrit dans la longue tradition des écrivains-voyageurs. Europe, Asie, Afrique et États-Unis, ces lieux donnent à son écriture son rythme et sa voix. Attaché à la culture de l’image, au goût de la brièveté et sensible à la vie simple des gens qu’il rencontre, il est l’un des fondateurs du magazine de voyage A/R et a publié, aux éditions Transboréal, Nationale 7 et L’Écriture de l’ailleurs, un essai sur la littérature et le voyage.

Voici une petite sélection d’association texte et image, totalement suggestive, issue du blog :

Fiction 241 : Liberté noire


Jusqu’à sept ans, notre terrain de jeu s’étendait sur deux blocs, et finissait à l’ouest au croisement de Myrtle Avenue. Là finissait le monde connu derrière lequel un univers sans fin peuplé de monstres marins, de junkies et d’animaux fantastiques s’étendait jusqu’aux confins de Brooklyn. Ce n’était jamais sans un léger frisson que nous penchions la tête pour entr’apercevoir le Monde des Grands, un monde légèrement effrayant qui, déjà, appelait Janis d’une voix impérieuse. En cinq minutes à peine nous traversions les rues autorisées pour arriver chaque fois, silencieux et haletants, au croisement interdit. Là, comme devant l’Océan, nous maintenions un silence religieux qui, minute après minute, s’emplissait de nos rêves d’avenir. Mais qui aurait su à quel sombre appel Janis commençait à répondre alors ?

Fiction 238 : Lundi, c’est tout


Mathilde est partie tôt ce matin. Sans faire de bruit. Sa tasse encore tiède traîne dans la cuisine, posée près de l’évier. Il fait un temps splendide, frais et lumineux. C’est une de ces journées que l’automne réserve avant l’hiver. J’exécute sans difficulté tous les gestes nécessaires : café, frigo, salle de bain. Petits gestes précis, rituel du réveil : faire couler l’eau de la douche, se pencher vers le miroir, ouvrir le tube de dentifrice, prendre une brosse à dents. Se laver le visage, puis les aisselles, puis le corps enfin. Sortir, prendre une serviette, s’essuyer les yeux puis le dos, puis les cheveux avant de les peigner. Il faut encore s’habiller, retourner dans la chambre, ouvrir le placard, choisir une chemise… mais je n’y arrive pas. Quelque chose ce matin m’arrête. Assis au bord de mon lit, une serviette défaite autour de la taille, je reste nu. Un courant d’air frais passe sous le joint de la fenêtre. J’entends le bruit d’un pigeon descendre de la cheminée, celui de l’ascenseur sur le palier. En bas, dans la rue, la vie s’écoule. Il est 8h12 et nous sommes lundi. C’est tout. Et j’ai le cœur qui déborde.

Fiction 216 : Conversation au fil de l’eau


– Tu dors ?
– Mmmm…
– Chérie ?
– Quoi ? répondit-elle d’une voix qui imitait moyennement l’endormissement.
– Tu devrais mettre au moins les pieds… ça fait du bien.
– Je bronze…
– Je t’assure qu’elle est bonne, ça calmerait un peu tes maux de têtes.
– C’est ta voiture qui me donne mal au crâne. Puis, après une pause un peu coupable, elle ajouta : « chéri ».
– Comment ça ?
– Rien… c’est pas grave.
– Elle est très bien…
– Tu veux pas te reposer un peu ?
– J’y arrive pas.
– Va faire un tour alors… Tiens, dit-elle soudainement lumineuse, tu veux pas aller acheter des cartes ? Après s’être laissé convaincre sans trop de difficultés, Paul remit son T-shirt, ses sandales, prit sa pochette et remonta sur la berge pour aller, quelques mètres plus haut, au café, choisir des cartes postales pour leurs trois enfants qui, cette année, se partageaient le monde : Bahamas, Thaïlande, New-York.Réveillé, Paul revint, frais et joueur comme un labrador.
– Tu es sûre que tu ne veux pas la goûter avant de remonter ? essaya-t-il encore une fois en passant un doigt câlin sur le bras de sa femme.
– Chéri… s’il-te-plaît…
Ce « s’il-te-plaît », Paul le connaissait trop bien pour insister encore.
– Véro ? soupira-t-il timidement au bout de cinq bonnes minutes.
– Mmmm…
– Tu es sur ma serviette…

Dédicaces, thé vert et champagne seront au programme ce vendredi 7 décembre à partir de 19h au Thé des Écrivains, 16 Rue des Minimes, 75003 Paris (sublime endroit dont on vous avez déjà parlé ici)

Genre : Littérature et photographie, Beau livre. 17×23 cm / 192 pages. Prix : 25€

Le site de Mathieu : www.matthieuraffard.com
Le site d’Albéric : www.transboreal.fr