Découverte

Batchig, le parfum qu’on emporte avec soi

Un voyage à Florence, un souvenir d'enfance et deux femmes liées par la même obsession : celle des petits détails qui changent tout. Rencontre avec Janelle Bolatova et Clara Boyadjian, co-fondatrices de Batchig, une jeune maison parisienne qui réinvente le parfum solide en objet de vie.

Le 9 avril 2026

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Avant de parler de Batchig, parlez-moi de vous. Comment vous êtes-vous rencontrées ?
On s’est rencontrées en 2013, pendant nos études à Paris. L’amitié est venue en premier, bien avant l’aventure professionnelle. On a ensuite travaillé ensemble chez Sézane, et c’est là qu’on a vraiment compris à quel point on était complémentaires. On partage la même obsession pour les petits détails qui changent tout, ce soin un peu maniaque qu’on accorde aux choses bien faites. Et on a toujours eu cette envie qui revenait : construire quelque chose qui soit vraiment à nous.

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© Batchig

Et c’est à Florence que tout a basculé ?
On peut dire ça, oui. C’était un voyage un peu particulier, Clara prenait des cours d’italien, moi des cours de dessin, on réfléchissait beaucoup à la suite. Il y avait le fameux flagship de Santa Maria Novella, toute cette atmosphère autour du parfum… Et on s’est dit : dans cet univers, il y a eu énormément d’innovations sur les odeurs, sur le storytelling, sur les packagings. Mais le flacon, lui, n’a pas vraiment bougé. C’est un liquide dans un flacon, depuis toujours.

Et c’est là qu’est remonté le souvenir d’enfance…
Exactement. Je me suis souvenue que ma mère m’avait offert un petit parfum solide Fragonard quand j’étais petite. Un tout petit objet avec un baume dedans, une odeur que j’adorais. Je l’avais gardé des années, pas forcément pour m’en mettre, mais pour ce qu’il représentait. Un objet-totem, quelque chose qu’on a envie de retrouver. Ces deux réflexions se sont mêlées, et on s’est dit : et si on faisait ça, mais avec notre sensibilité à nous, plus mode, plus accessoire, plus objet de vie ?

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© Batchig

Comment vous définiriez Batchig : une maison de parfum, un objet à collectionner, autre chose ?
Les deux, vraiment. L’idée de départ, c’est de sortir le parfum de la salle de bain. De lui redonner sa juste place dans la vraie vie, dans le sac, en voyage, comme une pause enchantée dans un quotidien agité. Chaque parfum Batchig vit dans un écrin en zamak que l’on garde et que l’on recharge, orné d’une vraie pierre choisie en cohérence avec l’univers olfactif. Ce sont des objets à collectionner autant qu’à utiliser. Et le nom lui-même dit quelque chose de notre approche : batchig, c’est « bisou » en arménien, ce geste tendre, peau contre peau, qui est au cœur du rituel.

Vos origines sont très présentes dans l’ADN de la marque…
Oui, c’est quelque chose qu’on a voulu assumer dès le départ. Clara a des racines arméniennes, moi kazakhes. Cet ancrage oriental au sens large, la chaleur, les matières, le rapport au geste et au soin, on le retrouve dans les parfums, dans les noms, dans les inspirations. Cœur d’Abricot, c’est la rosée du matin parmi les abricotiers des sanctuaires de montagne arméniens, les senteurs de thé chaud, un réveil méditatif. Medusa, c’est le sel caspien, une vague qu’on se prend, quelque chose de plus sauvage et sensuel. Et Charcoal Latte, lui, capte l’énergie magnétique de New York, charbon et lait d’amande, une boisson iconique transposée en parfum.

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© Batchig

Parlons justement du geste. Parce qu’utiliser un parfum solide, ça ne s’improvise pas…
C’est un de nos plus grands défis, l’éducation au geste ! On a tellement le réflexe du spray qu’on sous-estime ce que le contact direct peut faire. Le rituel Batchig, on l’appelle Pick. Warm. Kiss. : cueillir la juste dose du bout des doigts, chauffer la matière, elle fond, les notes s’ouvrent puis appliquer sur les points de pulsation, là où la peau est chaude et vivante. Les poignets, derrière les oreilles, au creux de la clavicule. Et comme il n’y a pas d’alcool, on peut aussi s’en mettre dans les cheveux, sur des zones exposées au soleil. C’est un rituel à s’approprier, à jouer avec, à répéter à l’infini.

La formule, c’était une vraie exigence de développement ?
Absolument. On ne voulait pas faire un joli objet avec un parfum anecdotique dedans, ça n’aurait eu aucun sens. On a travaillé avec le Studio Flair, des parfumeuses parisiennes spécialisées dans le niche, avec la même rigueur que pour la parfumerie traditionnelle. Notre formule est vegan, sans alcool, fabriquée en France et très hautement concentrée. C’était non négociable : être crédible en tant que parfum, pas juste comme un baume parfumé.

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© Batchig

Vous venez toutes les deux du monde de la mode et du retail. En quoi ça a changé votre façon d’aborder la parfumerie ?
Je pense que ça nous a donné un regard différent sur l’objet. On ne vient pas de la parfumerie traditionnelle, donc on n’a pas ses codes gravés dans le marbre. Ce qui nous intéressait, c’était l’expérience globale, le toucher de l’écrin, la gestuelle, la narration autour de chaque fragrance, la logique de garde-robe olfactive qu’on peut alterner et superposer au rythme de son humeur. Et on apprend tellement en chemin, sur la formulation, sur les matières premières, sur tout l’univers de la parfumerie. C’est un nouveau chapitre, et c’est exactement ce qui rend l’aventure si belle.

Vous lancez depuis quelques semaines. Quelle est la suite ?
Continuer à développer la collection, on travaille sur de nouvelles fragrances. Et trouver la bonne vitrine pour montrer l’objet : on a envie d’un bel endroit sélectif, qui résonne avec ce qu’on fait. Mais on avance pas à pas, avec la même exigence qu’on a mise dans le produit.

Batchig est disponible sur bbatchig.com : écrin + première recharge à 95 €, recharges suivantes à 55 €.

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© Batchig