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Chez Margaux Keller

Talents | , 24/06/20 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

Dans le paysage du design français – Margaux Keller se fait une place au soleil. La créatrice d’objets et d’ambiance donne un accent chantant à chacune de ses réalisations. Entretien avec celle qui s’inspire de sa maison de vacances d’antan.

Chez Margaux Keller

 

Margaux, quand vous étiez enfant, aviez-vous déjà l’esprit de création ? 

Et bien oui ! (sourire) Mes parents n’étaient pas à proprement parlé dans le milieu de la création. Ma mère était infirmière et mon père était ingénieur dans une entreprise de puces électroniques. Pour autant, ma maman m’a très vite mise au dessin. Elle en était passionnée, elle rêvait d’être architecte. J’ai très tôt été réceptive aux livres sur le dessin. Dès mes 7 ans, j’ai pris le chemin d’un studio-atelier pour enfants où je faisais de l’argile, du dessin, de la peinture. J’adorais ça. Je ne pensais qu’à ces cours du mercredi après-midi. J’ai pu avoir cette liberté également de bricoler dans l’espace de ma chambre, d’organiser mon environnement comme je le voulais, d’inventer. Naturellement, j’ai commencé à dessiner des objets. Puis en discutant avec la maman d’une amie, elle m’a dit « Si tu aimes dessiner des objets, alors tu pourras être designer ! » Le mot était prononcé, faut dire qu’il en jette (rires). À partir de là, je devais être en 5e, les choses se sont d’elles-mêmes esquissées. Je me suis renseignée sur les différentes formations et écoles pour avoir le bon parcours.

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L’émotion est quelque chose que vous évoquez souvent, vous rappelez-vous de la première émotion révélatrice ressentie devant un objet

De plus en plus, dans mon travail, je sens la résurgence de certains souvenirs d’enfance. Ce ne sont pas toujours des objets, ce sont parfois des odeurs qui me rappellent des choses. Quand j’étais petite, nous avions la chance d’avoir une maison de vacances entre Hyères et Toulon et il y avait là-bas de magnifiques poteries anciennes, des jarres traditionnelles, des assiettes accrochées au mur. Évoquer ces objets me donne une vraie sensation de réconfort, ce qui me mène à m’en inspirer pour mes créations actuelles. De la même manière, je me souviens de ces moments magiques où l’on sortait les santons provençaux pour les disposer dans la crèche de Noël. On ne peut pas dire que mon amour pour les objets provienne d’une révélation que j’aurais eu en posant les yeux sur une pièce particulièrement design. Je crois surtout que j’ai de l’affection pour ces objets qui ont fait mon quotidien, dont j’ai hérités de mes grands-parents ou que j’ai bidouillés. D’autant que mes parents n’étaient pas branchés « design ». Les galeries et leurs œuvres n’ont pas bercé mon quotidien.

 

Vous avez un parcours prestigieux : ENSAAMA Olivier-de-Serres puis École Boulle et enfin un passage sur les bancs de l’agence de Philippe Starck. Comment ces années, leurs lots de rencontres et d’apprentissages, ont forgé votre regard et votre compréhension du design ? 

Chaque expérience a forgé une partie de mon « moi » professionnel. Chez Starck, j’ai travaillé avec Eugeni Quitllet et ça m’a apporté énormément. Au-delà de l’aspect purement professionnel, c’était une rencontre humaine extraordinaire. Il m’a prise sous son aile avec beaucoup de générosité alors que j’étais une stagiaire à peine sortie de l’école (Boulle) à l’époque. Travailler sur la conception de mobilier auprès de lui a été aussi formateur que quatre années d’études du design. J’ai pu apprendre de son expertise technique et c’est un enseignement qui m’a suivie. Grâce à lui, j’ai compris toute la complexité de la création d’une chaise par exemple. Je suis également reconnaissante pour tous les tips qu’il m’a donné, notamment en ce qui concerne la relation client.

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Eugeni Quitllet a aussi été à l’origine de votre détour par l’Italie…

C’est durant mon stage auprès de lui que j’ai entendu parler du laboratoire de communication, la Fabrica à Trévise. L’établissement m’intéressait et j’avais très envie de réaliser une expérience à l’étranger. Là-bas, j’ai rencontré Sam Baron qui a également été incroyable avec moi. Il m’a poussée à chercher au plus profond de moi l’énergie nécessaire à une créativité prolixe. Il interrogeait également constamment le sens des objets. Leurs intérêts, leurs buts. Puis la Fabrica en elle-même est un véritable tourbillon créatif qui a participé à ouvrir mes horizons. Je travaillais avec des étudiants du monde entier sur des projets hebdomadaires. Il y avait une exigence d’efficacité très formatrice. Je dirais que ces deux expériences ont consolidé mon socle pour la suite. À ce moment-là, je savais que je voulais monter mon agence de design pour raconter mes propres histoires.

 

Justement aujourd’hui, vous racontez de nombreuses histoires. Vous donnez vie à du mobilier pour Hartô, mais également pour l’éditeur d’objets Bibelo, et puis vous menez de front les projets de votre agence de design. Comment parvenez-vous à concilier ces différentes casquettes au quotidien ? 

En ce moment, je dédie une grande partie de mon temps à ma collection éponyme d’objets. C’est un projet qui me tient particulièrement à cœur et sur lequel j’ai une liberté totale, donc j’aime m’y consacrer pleinement, le pousser, le voire avancer et le peaufiner. Je suis très heureuse d’avoir aussi cette casquette de directrice artistique chez Bibelo car cela m’a permis de développer des compétences commerciales qui m’aident aujourd’hui pour ma propre marque. Très concrètement, réaliser du mobilier pour un éditeur demande une gestion des coûts qui nous ramène vite à la réalité. C’est essentiel d’avoir ce genre de préoccupations quand on conçoit. L’artistique ne suffit pas. Ces différents postes me permettent également de confronter mes avis avec ceux d’autres designers. C’est toujours particulièrement enrichissant. Chez Hartô, il y a ce challenge dans le design car il faut non seulement que j’imagine des pièces, mais également qu’elles correspondent avec l’esthétique Hartô. C’est un exercice d’équilibre très intéressant. C’est fortifiant de pouvoir apprendre autant et de manière complémentaire grâce à une pluralité de projets.

Niveau timing, il faut accepter de ne pas trop se projeter. Quand on réalise des objets pour des marques, on ne sait jamais complètement qui sera la prochaine sur la liste et dans quelle temporalité. On avance au fur et à mesure. Finalement, le confinement m’a permis d’avancer sur certains projets personnels, de me concentrer sur ma collection, en attendant de pouvoir relancer les projets de marque. J’ai pris ça positivement.

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Est-ce vous qui gérez l’aspect business de votre marque Margaux Keller Collections 

Non, c’est mon associée Anaïs Fretigny. C’est ma rencontre avec Anaïs qui a donné lieu à la création de la marque. Elle travaillait avec Hedi Slimane pour Yves Saint Laurent dans le développement des bijoux de la maison. Originaire de Marseille, elle souhaitait revenir dans le Sud et elle m’a contactée. Cela correspondait à une envie que j’avais aussi, donc il y avait quelque chose de l’ordre du miracle. Aujourd’hui nous sommes un binôme très complémentaire. Je m’occupe de la direction artistique et de la communication ; Anaïs s’occupe de la stratégie, de la gestion et du développement commercial. Je suis ravie de cette collaboration car elle est arrivée au bon moment. Il y a quelques années, j’avais déjà lancé une collection d’objets, mais seule. Ils se vendaient et plaisaient beaucoup mais je ne tenais pas la distance. C’était trop pour mes simples épaules. J’ai donc archivé cette expérience avec l’espoir de relancer la machine un jour. Puis ce jour est arrivé ! Je pense que j’avais besoin également de me faire d’autres expériences, d’atteindre une certaine maturité pour aboutir à quelque chose de pleinement satisfaisant. Travailler en binôme est vraiment ce qui marche pour moi.

 

Comment définiriez-vous votre style de design ? 

J’ai l’impression qu’il évolue sans cesse. Quand je me suis lancée, je faisais souvent référence à la poésie, au décalage et à l’élégance. J’ai toujours été sensible au romantisme à la Baudelaire. Ce qui émeut les gens, ça me fascine. De manière générale, je dirais que j’ai cette attraction pour les formes arrondies, rassurantes. Je suis également mue par la couleur. C’est très important pour moi. L’autre élément primordial à mes yeux est évidemment le matériau. J’ai toujours travaillé avec des matières naturelles. Je ne me vois pas travailler avec du plastique ou des matières transformées. Je suis une amoureuse du verre soufflé, c’est un de mes matériaux de prédilection que l’on retrouve dans mes collections. J’aime réaliser des objets qui se concentrent sur une utilité, qui soient riches de sens et qui donnent envie d’être transmis à nos enfants. C’est essentiel que l’on sente qu’il y a non seulement du savoir-faire à la genèse de l’objet mais également une histoire.

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Quel est votre attachement à l’artisanat justement ? 

J’ai un peu grandi là-dedans. En Provence, on baigne dans l’artisanat de terroir : le verre soufflé ou la terre cuite, les ocres mais également la céramique… La création traditionnelle est partout dans les villages. Je suis une fille qui a poussé dans une famille où l’on gardait les poteries héritées des grands-parents. C’est en moi depuis toujours et cela fait écho à ma responsabilité de designer. En tant que créateurs, nous sommes au choix coupables ou responsables des nombreuses productions d’objets dans les vitrines. C’est à nous de nous interroger sur les modes de production de masse dans les usines asiatiques et de potentiellement nous en détourner pour créer, en revalorisant des artisanats en perte de vitesse, voire très fragilisés. Il s’agit de retisser un lien entre les acteurs de la création pour faire sens.

 

Vous avez fait le choix de vous installer à Marseille. Comment cette ville influence-t-elle votre travail ? 

Je viens d’une famille de Marseillais donc habiter ici, après être passée par l’Italie, était une sorte de retour aux sources, d’autant que mon compagnon habitait déjà dans la cité phocéenne. Je ne me voyais pas retourner à Paris (rires) ! Je n’avais pas l’envie de délaisser ma dolce vita. Je suis rentrée en 2012 et une année plus tard Marseille était élue Capitale européenne de la culture ! Cela a donné à la ville un élan créatif incroyable. Je suis ravie d’être revenue à ce moment-là. Il fait vraiment bon vivre ici, je ne regrette pas. La ville et la région nourrissent les couleurs que je choisis, les objets que je développe. Dans ma dernière collection, le vase Oli s’inspire du mortier provençal par exemple. Je crois d’ailleurs que cela m’a servi de ne pas être à Paris, car il aurait été possible que je me perde parmi tous les designers et architectes d’intérieur déjà présents et actifs. Il faut reconnaître que Paris est notre capitale française du design, j’y suis d’ailleurs une à deux fois par mois pour voir mes clients. Mais Marseille m’a donné une réelle identité, une force.

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Vous évoquez les couleurs du Sud dans vos inspirations. Le bleu est très présent dans vos collections. Quel est votre rapport à la couleur ? 

Il y a tant de choses qui se racontent par la couleur. À l’aide d’une seule couleur, il est possible d’écrire toute une histoire. Mon choix du bleu est d’une part le fruit de ma sidération face à la découverte de cette couleur Majorelle si puissante lors d’un voyage à Marrakech. Je suis restée scotchée ! Puis le bleu est finalement un universel à Marseille entre les calanques, le ciel… C’était un véritable point de départ pour ma première collection. C’est une couleur qui me raconte et qui est capable de transporter les gens dans mon univers. J’ai donc décliner le bleu en plusieurs nuances : un turquoise aquatique, un bleu Klein plus profond puis un bleu plus sombre presque abyssal.

D’autres couleurs viennent aussi naturellement sur la table. Le jaune d’or qui illumine et rappelle les mimosas. Pour la nouvelle collection, on travaille des rose-rouge terracotta qui évoquent la terre cuite de la région. Il est important de trouver la nuance qui appelle l’imaginaire que l’on désire parmi les possibilités infinies de la couleur.

 

Une dernière question à l’attention de l’architecte d’intérieur que vous êtes. Quelle pièce de la maison mérite, selon vous, que l’on s’y attarde le plus ? 

On aurait tendance à dire le salon, mais j’ai cet attachement particulier pour la chambre, car elle a moins ce rôle de vitrine de nous-mêmes que peut revêtir le salon. C’est vrai, dans le salon, on va recevoir donc il est naturel qu’on le décore comme on aimerait être vu. La chambre est plus intime, elle nous appartient et n’accueille que notre propre jugement. C’est là où l’on va avoir tendance à poser des objets qui ne font pas l’unanimité mais que l’on adore personnellement. Il y a beaucoup plus de liberté. Cette pièce en dit plus sur les gens que le salon à mon sens.

 

Retrouvez l’intégralité de l’entretien de Margaux Keller  par Perrine Bonafos
dans le Volume 8 des Confettis, disponible sur notre boutique.

 

Photos ©Caroline Ferraud

 

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