Talents

Margaux de Fouchier sans cesse se réinvente

Inclassable, libre, plurielle, Margaux de Fouchier défie la rigidité des qualificatifs et c’est rafraîchissant. Autrice, chanteuse, musicienne, mais également photographe, et directrice artistique, la créativité de cette Franco-américaine est émancipée. Naturellement, elle suit le fil de ses aspirations sans juger son cheminement, chérissant chaque expérience pouvant nourrir sa vision du monde. Comme elle l’explique, l’existence est un puzzle, non une performance.

Le 19 janvier 2026

revue-les-confettis-Margaux-de-fouchier-rencontre-crédits-©-Agence -Malia

Margaux, quels mots utiliseriez-vous pour vous caractériser ou vous présenter ? 
Ce n’est pas une question facile, mais je dirais que je suis très curieuse, extrêmement sensible, voire hypersensible. Je suis spontanée, avide d’expression, gourmande de vie et profondément passionnée.

Comment avez-vous cheminé à travers les différentes formes d’art pour finalement vous autoriser à tous les incarner ? 
Mon cheminement vers ce que j’appelle mes formes d’expression, a été dicté par un besoin profond de libérer ce que j’avais sur le cœur. Pour moi, l’expression est un moyen d’échange, de partage, et elle a aussi une dimension presque thérapeutique. Je ne pense pas m’être jamais vraiment autorisée à explorer ces formes d’expression ; cela s’est fait de manière très spontanée, en réponse à cette nécessité de libérer mes émotions, et de partager ma vision du monde. Cette exploration n’a pas été le résultat d’une démarche intellectuelle. Elle est née de cette impulsion intérieure de m’exprimer et de me faire comprendre, de me sentir moins seule et, peut-être, d’aider les autres à se sentir moins seuls également. Ce voyage m’a permis de découvrir une intimité infinie et une universalité dans l’expérience humaine qui me touchent profondément.

Et quel regard portez-vous sur l’évolution de vos différentes formes d’expression ?
Autant que possible, un regard bienveillant. J’y vois un apprentissage permanent. Il n’y a pas de finalité et je pense que c’est la beauté des expérimentations : c’est infini. Tout se nourrit, tout se répond, tout se parle, tout communique. J’apprends de tout ce que je fais et tout ce que je fais va nourrir une autre forme d’expression, une autre expérience. C’est un flux perpétuel, une richesse qui vient autant de moi que des autres, de leur accueil, de leur inspiration, et des rencontres humaines. Je vois cela comme un puzzle en expansion constante, où chaque pièce, qu’elle s’imbrique parfaitement ou non, contribue à ma construction.

Vous êtes française et américaine. Quel est votre rapport à cette double nationalité ? On a tendance à facilement attribuer la dimension « multi-task » aux personnalités américaines, cela raconte-t-il quelque chose de vous justement ? 
Avoir une double nationalité engendre une dynamique créatrice, mais aussi parfois destructrice. Elle ouvre des portes, permet de dépasser les frontières, d’explorer de nouvelles rencontres et cultures, tout en pouvant également créer un sentiment de distanciation. Cette dualité a nourri ma réticence à me conformer à une seule voie, m’encourageant à explorer diverses avenues et à les faire dialoguer entre elles. Sans cette influence américaine, je n’aurais peut-être pas eu le courage ou la liberté de mélanger la photographie, la musique, l’écriture. Cela m’a permis de me définir un métier sur mesure, où je ne suis pas contrainte par une seule discipline. Je suis reconnaissante de cette capacité à embrasser plusieurs chemins et à les enrichir mutuellement.

De quoi se nourrit votre bonheur au quotidien ? Votre bien-être est-il intimement lié à votre créativité ? 
Mon bonheur au quotidien se nourrit de multiples petites joies, parmi lesquelles la créativité tient une place prépondérante. Mon emploi du temps est dense, centré sur le travail pour notre agence, l’Agence Malia. Nous aidons les marques à affiner leur vision, à cristalliser leur ADN et leur branding, et à concevoir des stratégies de communication percutantes. Que ce soit en découvrant de nouveaux artistes ou en concrétisant un projet, chaque acte créatif contribue à mon épanouissement. La satisfaction peut venir d’un texte achevé, d’une photographie réussie, ou même d’un collage innovant. Le partage de ces créations et les retours positifs du public amplifient cette sensation de plénitude, donnant encore davantage de sens à mon travail. Au-delà de la création, mon bonheur quotidien s’enrichit de moments partagés avec mes proches, de découvertes culturelles, et des nouvelles rencontres. Ces expériences, bien que simples, sont essentielles à mon bien-être et inspirent continuellement ma démarche artistique.

Vous partagez vos créations avec le monde : comment le vivez-vous ?
Cela oscille entre facilité et défi, en fonction de mon humeur et de mon attachement à l’œuvre en question. Je m’efforce de me détacher des attentes, car l’appréhension principale réside dans la réception du public. Je crée avant tout pour moi, cherchant le plaisir dans l’existence même de l’œuvre. Que l’accueil soit favorable ou non, l’important est que j’aie mené à bien mon projet. La consommation rapide d’images et de contenus aujourd’hui fait qu’il est difficile pour la communauté de saisir pleinement l’investissement personnel dans chaque création. Mon contentement vient de la réalisation et de la matérialisation de mes idées. J’espère que mes œuvres trouveront leur audience, touchant les bonnes personnes au moment opportun.

En quoi croyez-vous plus que tout ? 
Je crois fondamentalement en la bienveillance, tant envers soi-même qu’envers les autres. Cette qualité favorise l’indulgence, ouvre au dialogue et à l’échange, et encourage à être doux avec soi, ce qui, en retour, nous permet d’agir de même avec autrui. Elle autorise les erreurs, les nouveaux départs, et diminue le ressentiment. La bienveillance engendre la confiance, libérant ainsi chacun pour réaliser pleinement ses actions. Elle est essentielle, non seulement dans le processus créatif, où elle invite à l’audace et à l’expérimentation, mais aussi dans la vie de tous les jours, permettant d’offrir et de demander de l’aide, de communiquer sans crainte du jugement, et de ne pas se sentir isolé.

La bienveillance devrait être universelle, créant un environnement sain où chacun peut explorer et expérimenter librement. Elle invite à un dialogue intérieur positif, contrant la tendance à l’autocritique négative et toxique, qui, souvent sans que nous en soyons conscients, influence notre comportement envers les autres. La transmission de la bienveillance peut transformer profondément les relations et les interactions, favorisant une communication et une créativité enrichissantes. Enfin, je souligne l’importance de la nuance dans toutes nos approches et perceptions, tant vis-à-vis de nous-mêmes que des autres. La créativité est pour moi le fondement de toute interaction, essentielle à une communication efficace et enrichissante.

Savez-vous déjà quelles seront vos prochaines expérimentations ?
J’ai envie de réaliser de nouveaux projets musicaux, mais aussi d’aller un peu plus loin dans mon travail photographique. Sortir prochainement le livre écrit avec mes sœurs pourrait également marquer le début d’une aventure littéraire. Aussi, j’ai touché du doigt la création mode, mais j’adorerais aller plus loin. Je fais confiance à l’énergie investie, aux rencontres, aux opportunités. C’est ce qui me porte vers de nouveaux horizons.

www.margauxdefouchier.com

Merci à l’Hôtel Florida (75008 Paris) pour son accueil lors de la réalisation de cette interview.

Retrouvez cet échange avec Margaux de Fouchier dans notre Hors-Série Créativité, disponible sur notre boutique en ligne.