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les confettis

Pihla Hintikka et Elisa Rigoulet

Talents | , 22/03/21 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

Les autrices des livres Le Guide féministe de la grossesse et Fille-Garçon même éducation interrogent nos schémas éducatifs pour que les actuelles et futures générations puissent s’épanouir.

Pihla Hintikka et Elisa Rigoulet

Pihla, Elisa, comment vous êtes-vous rencontrées ? Avant d’écrire ensemble, étiez-vous amies ? Votre expérience de la grossesse a-t-elle enrichi votre lien ?

 

Pihla : Oui absolument, nous sommes amies depuis pratiquement dix ans. Par hasard, nous sommes tombées enceintes en même temps. De mon deuxième enfant et Elisa de son premier. Cette période nous a d’autant rapprochées que l’on ne se retrouvait pas dans la littérature de grossesse disponible. Nous avions le sentiment partagé de ne pas voir exposées nos problématiques dans les livres autour de la maternité. Les ouvrages que l’on avait en mains étaient très infantilisants. Nous échangions alors l’une avec l’autre pour exprimer nos émotions, sensations, envies et craintes. De cette frustration commune est née notre volonté d’écrire un livre tel un guide autour de la grossesse qui prendrait en compte la dimension psychique et sociale de cette transformation, plutôt que biologique et physique comme c’est trop souvent le cas.

 

Elisa : Oui, il y a eu un concours de circonstances pour ce premier livre. Nos interrogations autour de nos grossesses nous ont poussé à nous documenter, du moins à essayer, mais malheureusement la littérature française dans le domaine est apparue très limitée. Au même moment, nous avons été agréablement surprises par l’ouvrage de Renée Greusard Enceinte, tout est possible qui, finalement, est tombé à pic, car il nous a prouvé que l’on pouvait aborder le sujet de la maternité/grossesse avec du recul et de l’humour. C’était rafraîchissant de trouver une approche plus féministe et valorisante de la grossesse. Toutefois, ce livre est très théorique et explore également des segments philosophiques. C’est un récit personnel. Or nous souhaitions avec Pihla prendre une direction très pratique, car c’est ce que cherchent les parents.

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Pihla : Tout en se positionnant comme une alternative aux carnets de grossesse très stéréotypés. Nous voulions un atteindre un bon équilibre entre le conseil très informatif aux futurs parents et le point de vue féministe déculpabilisant.

 

Écrire sur le sujet de la grossesse a donc été un exercice naturel pour vous deux ?

 

Elisa : Oui, assez. Je suis curatrice de formation et je monte des expositions. Ce qui me donne la chance et l’opportunité d’écrire sur l’art. Le sujet est différent ici, mais il s’agit tout de même d’un travail de rédaction à la structure similaire.

 

Pihla : Effectivement, étant journaliste, cela me paraissait très naturel également. C’est mon moyen d’expression privilégié. Pour ce qui est du travail à quatre mains, nous nous sommes réparties les choses à faire et à écrire.

 

Elisa : Ensuite, il s’est créé un jeu de ping-pong entre nous deux qui a permis de lisser les textes. C’est ce qui donne l’impression qu’il n’y a qu’une personne qui écrit. C’est toujours plus agréable pour les lecteurs.

 

Comment avez-vous réussi à structurer ce premier livre ? Comment avez-vous confronté vos expériences personnelles aux différentes informations recueillies ?

 

Elisa : Il était primordial pour nous qu’intervienne un récit personnel à chaque chapitre. Il fallait que cela touche un peu à l’intimité, à la confidence. Le récit à la première personne est une manière de tisser un lien avec les questionnements intimes des lecteurs également. Ce témoignage est le point de départ d’une problématique plus globale que l’on déroule tout au long du chapitre : la préparation à la grossesse, l’accouchement, la fausse couche, etc. Le chapitre se compose alors d’articles ou d’interviews de professionnels qui répondent à nos questions.

 

Pihla : Nous avons beaucoup réfléchi à la forme que l’ouvrage prendrait car c’était une nécessité pour nous de le rendre un maximum intelligible. D’où la structure qui se répète à chaque entrée de chapitre, les encadrés avec des chiffres et les témoignages concrets des experts. Aussi nous voulions que chaque parent puisse s’approprier son guide et son rapport à la parentalité, alors nous avons laissé des lignes blanches destinées à accueillir les questions des futurs parents. Le Guide féministe de la grossesse n’est pas un manuel de recettes qui fonctionnent à tous les coups. C’est un compagnon qui soutient et permet de réfléchir à cette expérience de la parentalité, différemment. Il n’y a pas de bonne réponse, de solution miracle ou de vérité gravée dans le marbre. Nous donnons simplement des pistes pour vivre la grossesse et la future parentalité de manière bienveillante, à travers une liberté de choix. Il était temps de dire aux femmes qu’elles avaient le choix, qu’elles étaient libres de s’écouter loin des dogmes.

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Pourquoi, encore aujourd’hui, y a-t-il des tabous – et de la désinformation – autour de la grossesse, du post-partum et de la parentalité ?

 

Pihla : Je pense que le corps médical joue un rôle là-dedans, en ce qui concerne la grossesse. Malheureusement pour beaucoup trop de médecins, la grossesse est uniquement une expérience physique et biologique. Ce qui exclut l’homme de tout le processus étant donné qu’il n’est pas touché physiquement par la grossesse. C’est une idéologie ridicule. La grossesse doit se penser comme une expérience physique, psychique et sociale. C’est complètement normal et sain de se demander ce qu’il advient de notre couple lors de la grossesse, de s’interroger sur notre féminité et notre enveloppe corporelle, de se demander quel est l’impact financier d’une grossesse… Or ce sont des choses dont personne ne nous parle car la grossesse est résumée à une transformation physique. Il y a un gros travail à faire là-dessus. Les dépressions pré ou post-natales devraient faire l’objet de plus d’études et de formations. Mais je pense que des voix s’élèvent pour que cela se fasse plus rapidement. Les femmes prennent la parole pour que ça bouge. Cela va complètement de pair avec la remise en question du système patriarcal.

 

Elisa : La considération de la société à l’égard de la grossesse est à l’image de son regard sur toutes les problématiques dites « féminines ». Les règles, l’endométriose, la contraception, la fausse couche, ce sont des choses qui n’intéressent que très peu la société patriarcale car elles ne sont censées ne toucher que les femmes par définition, or ça se saurait si les femmes méritaient une considération égale à celle de l’homme. D’autant que les rouages de cette machine misogyne sont huilés grâce à la culpabilisation constante des femmes qui oseraient prendre un chemin différent que celui prêché par une certaine morale.

 

Vous venez justement de publier un second livre ensemble nommé Fille-Garçon même éducation où vous parlez de parentalité féministe. Qu’est-ce que la parentalité féministe ?

 

Pihla : C’est une éducation égalitaire où l’on prend conscience que les rôles de papa, de maman, de petite fille et de petit garçon sont des constructions sociales qui méritent d’être questionnées. L’idée, c’est d’endiguer certaines projections dès le moment où l’on réfléchit à constituer une famille. Alors oui, à terme, l’enfant sera confronté aux idées reçues et aux clichés dans la cour de récréation, mais sa référence restera l’égalité. Un enfant qui est accepté et soutenu tel qu’il est à la maison, loin des normes de la société, est un enfant qui sera d’autant plus confiant face au jugement des autres.

 

Elisa : Si l’on veut que ça change, si l’on veut obtenir l’égalité alors il faut que l’on éduque nos enfants pour qu’ils ne reproduisent pas le schéma qui nous discrimine tant.

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Quel regard portez-vous sur l’éducation que vous avez reçue ?

 

Elisa : J’ai évolué dans un schéma assez traditionnel. Ma mère était professeure et a pris un congé long à ma naissance donc j’ai vraiment grandi auprès d’elle. Je voyais peu mon père qui travaillait énormément et rentrait très tard. Ma mère était très présente pour moi, on parlait abondamment. Maintenant, je sais que sa manière de m’élever est héritée de sa propre éducation. Elle est très #metoo mais, pour autant, je me rappelle encore d’elle me disant, quand j’avais des peines de cœur : « Les garçons ne parlent pas, ils ne savent pas exprimer leurs sentiments. C’est comme ça, il ne faut pas chercher plus loin. » Et finalement je me suis mise avec un homme très bavard ! (rires)

 

Pihla : Je n’ai pas été élevée en France et ma culture est un peu différente. J’ai un petit frère et nous n’avons pas eu de différence d’éducation. Nos parents travaillaient tous les deux, ma mère avait d’ailleurs un plus gros salaire que mon père et ils parvenaient à être présents pour nous de manière égale. Ils se répartissaient les tâches ménagères sans que cela ne représente un débat, c’était très naturel. Je pense que cette éducation m’aide dans ma représentation de la famille et qu’elle me permet également de me donner de la force pour faire face aux clichés. Je me souviens des nuits où mon mari se levait pour prendre le bébé qui pleurait et me l’amener pour que je l’allaite, cela donnait lieu à des questions dans mon entourage. « Tu ne penses pas que ton mari est fatigué ? » Si, j’imagine qu’il était fatigué comme moi je l’étais mais personne ne me le demandait pourtant. Encore de la culpabilisation…

 

La quête de l’égalité « absolue » peut-elle représenter une pression ?

 

Elisa : Oui, il y a des écueils. Il y a de nombreuses femmes qui sont tout à fait pour l’égalité homme-femme qui n’ont qu’une envie quand elle devienne mère, c’est de rester très longuement à la maison, le plus longtemps possible pour s’occuper du bébé. Or elles ont peur d’être jugées comme rétrogrades par rapport à une certaine représentation du féminisme. Dans le livre, on l’explique : il n’est pas question de remplacer d’anciens dogmes par de nouveaux. Nous aimerions simplement que les futurs parents se questionnent sur leurs envies et leurs équilibres personnels et communs. C’est une invitation au dialogue.

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Vos ouvrages sont très bien accueillis par les jeunes couples ! Avez-vous pour autant reçu des critiques négatives ?

 

Pihla : Le mot féminisme présent dans le titre a pu être un frein. Certains l’ont perçu comme un livre revendicatif d’un certain féminisme et donc n’ont pas voulu l’ouvrir et d’autres personnes à la sensibilité féministe militante ne comprenaient pas l’utilisation de ce mot comme synonyme de « égalitaire ».

 

Elisa : Mais il en va de même avec le mot « guide ». Pour certaines personnes – comme nous ne donnons pas de véritables réponses dans le livre étant donné que c’est à chacun de trouver celles qui lui conviennent le mieux – le livre n’apparaît pas assez pratique. C’est un souci de définition finalement.

 

Et demain souhaitez-vous poursuivre sur cette thématique ? Vous sentez-vous investies d’une mission ?

 

Elisa : Je pense que l’on va continuer. C’est un sujet passionnant et qui est d’utilité publique. Cela nous paraît pertinent de profiter de ce mouvement de libération de la parole des femmes pour questionner les schémas de parentalité. Je ne sais pas si c’est une mission mais c’est notre envie.

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Pihla Hintikka et Elisa Rigoulet
dans le Volume 8 des Confettis, disponible sur notre boutique.

 

Découvrez le nouvel ouvrage des mêmes auteures : 30 discussions pour une éducation antisexiste aux éditions Marabout

 

Crédits Photos en Une ©Morgan Roudaut

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