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Rencontre avec Laurène Beurdeley (Center Parcs) : « Le premier luxe aujourd’hui, c’est le temps »

perçus depuis la terrasse, bracelets connectés donnés fièrement aux enfants dès deux ans, fermes pédagogiques où l’on apprend l’aquaponie avant le goûter.

Le 14 juillet 2026

En charge de la marque et de l’expérience client, Laurène Beurdeley a pris son poste il y a cinq ans, entre deux grossesses et une équipe à réinventer. Depuis, elle observe le groupe évoluer avec ses propres enfants, littéralement : les mêmes lieux qu’elle a vus grandir, elle les regarde grandir avec ses trois garçons. Rencontre autour de la nature comme premier lien, du temps comme ressource rare, et d’une vision de la famille qui refuse de choisir entre partage et autonomie.

Laurène, vous parlez souvent de votre expérience personnelle de mère pour penser le produit. Comment cela infuse-t-il concrètement votre travail ?

Je m’inspire énormément de ma propre façon de vivre les vacances, ce qui est compliqué pour moi, ce qui fonctionne. Je fais régulièrement des séjours avec mes enfants, parce qu’on ne voit pas du tout les mêmes choses que lorsqu’on visite avec un regard professionnel. On découvre des usages qu’on ne perçoit pas forcément au marketing, surtout quand le produit est expérientiel et non un bien tangible. Cela fait treize ans que je travaille pour cette marque : j’ai commencé sans enfant, j’en ai trois aujourd’hui, et je les vois grandir sur les mêmes sites, d’un séjour à l’autre. C’est amusant de les retrouver en train de se lancer leurs propres défis d’une fois sur l’autre. J’ai reçu beaucoup de témoignages de ce genre, des parents qui me racontaient avoir vu leur enfant dépasser une peur, s’auto-défier pour franchir une étape. C’est précieux de prendre le temps d’observer ces instants-là, et de sanctuariser des conditions où le petit défi peut exister tout en étant hyper sécurisé et cadré. C’est quelque chose que j’ai vraiment décelé en le vivant moi-même avant de le retrouver dans nos retours clients et qui a nourri des développements produit comme notre espace Ninja Parkour, où l’on grimpe, on saute, on prend son élan. On se demande même, en conception, où se positionne le parent : est-il acteur ou spectateur ? C’est une vraie question qu’on se pose beaucoup, parce que notre enjeu, c’est le partage. Il y a bien sûr une notion d’autonomie, mais le but n’est jamais de se débarrasser les uns des autres.

Ce choix du partage plutôt que de la séparation, c’est une différence assumée avec d’autres modèles de vacances en famille ?

Complètement, et sans porter de jugement. D’autres acteurs sont allés très fortement dans une logique de club où chacun vit sa vie de son côté. Ce n’est pas notre approche. Nous, on considère plutôt que les attentes des consommateurs évoluent, que les exigences de confort et de qualité d’équipement ont changé. Ce qu’on tolérait dans les résidences de vacances des années 70-80 n’a plus rien à voir avec ce qu’on attend aujourd’hui. On doit suivre ce mouvement de recherche de qualité, d’autant que les vacances restent un poste que les foyers cherchent à préserver dans leur budget, même quand ils rognent ailleurs.

Vous êtes revenue plusieurs fois sur la question de la durée des séjours. Pourquoi ce sujet vous tient-il à cœur ?

Par habitude, les gens partent plutôt sur des séjours courts, alors que notre produit se prête très bien aux séjours plus longs. Je l’ai expérimenté moi-même aux Pays-Bas, à Pâques, avec mes enfants : on avait des vélos, un train toutes les demi-heures pour Amsterdam, on a visité tout le pays depuis un seul site. J’ai pu emmener mes enfants au musée Vermeer à Delft, et le soir il y avait une animation pour tous, le lendemain du bowling. C’est un vrai bon équilibre entre les envies des parents et des enfants. Les villes, c’est fatigant pour eux, on marche beaucoup, on coche les incontournables en tant qu’adultes, mais pour un enfant, des vacances, c’est aussi une piscine à bulles et sauter dans l’eau. Du coup, nos sites deviennent un point de départ pour rayonner dans une région plutôt qu’une destination fermée sur elle-même : à côté des châteaux de la Loire, au pied des Vosges à côté des marchés de Noël, en Moselle… Mais il faut l’envisager comme ça dès le départ.

On imagine que l’image du site « bulle », coupé du monde, a la vie dure ?

C’est un héritage de nos communications des années 80-90, très axées sur cette bulle qui nous a collés à la peau longtemps, avec un côté presque enfermant. Or c’est tout l’inverse : on essaie de plus en plus de créer de la porosité avec l’extérieur, avec des marchés de producteurs, des points tourisme sur nos sites pour proposer des excursions à l’extérieur. Ce que j’essaie surtout de faire, c’est minimiser le temps « d’emmerdement » et maximiser le temps de kiff. Quand on part trois jours, on n’a pas quinze jours à passer à comprendre comment fonctionne un lieu. D’où notre check-in complètement digitalisé aujourd’hui, là où il y avait autrefois de grandes files d’attente.

Justement, parlons des bracelets connectés : une vraie signature de la marque.

On les a introduits en 2017, à l’ouverture de Villages Nature, puis on les a progressivement étendus et enrichis en fonctionnalités. Ils sont donnés à l’entrée du parc, à tous les membres de la famille à partir de deux ans, y compris les tout-petits. C’est un point auquel je tiens énormément, c’est même une règle que j’ai posée moi-même au lancement : je voulais que les enfants puissent participer de la même façon, dans une relation d’égal à égal avec les adultes. Ils en sont hyper fiers. Et ça participe de ce sentiment d’être ailleurs, dans un monde à part, dès qu’on passe la porte. Chez moi, c’est systématiquement la guerre pour appuyer sur le bouton mais c’est justement ce qui en fait quelque chose qui sort du quotidien. Notre concept n’est pas dans le sensationnel ni dans l’extraordinaire au sens fantastique : il est dans la sortie de l’ordinaire, en transformant des gestes tout simples en quelque chose de spécifique qu’on ne voit pas ailleurs. Et je ne trouve aucun conflit entre ce petit objet technologique et l’idée de se déconnecter pour être pleinement avec ses proches, au contraire, ça libère : mon fils de dix ans commence à être autonome, je peux le laisser partir faire un tour à vélo, sans avoir à me soucier de tout le reste.

Vous avez aussi fait monter la marque en gamme, avec les « Exclusives ». Comment cette offre est-elle née ?

Ça a commencé en 2017-2018, aux Trois Forêts, avec l’introduction d’une gamme supérieure les Exclusives, conçue à l’origine avec une designer, sur des cottages avec vue sur les sapins, sauna sur la terrasse, grande baignoire balnéo, hammam, miroir Bluetooth… Ce n’était pas pensé comme une révolution marketing, mais l’accueil a été immédiat, avec un vrai effet de halo sur l’ensemble de nos autres typologies de logement. On en a ouvert ensuite en Bavière (il y en a désormais deux cent cinquante là-bas), puis dans le cadre de la rénovation d’un site en Sologne, et on en prépare pour une future phase de Villages Nature.

La nature revient dans chacune de vos réponses. Pourquoi tient-elle une place si centrale dans le concept ?

C’est un point sur lequel on a énormément travaillé ces dernières années : la nature ne doit surtout pas être un décorum, un élément statique autour duquel on aurait posé des cottages et des piscines. Ce n’est pas comme ça que les gens la vivent. Elle est le premier générateur de lien en famille — se balader en forêt avec ses enfants, essayer de reconnaître les arbres, observer un écureuil depuis sa terrasse… Sur l’un de nos sites, on voit des daims traverser le jardin depuis l’hôtel, et j’ai des dizaines de photos de mes enfants collés à la vitre. Ça crée du lien parce qu’on observe ensemble, on apprend mutuellement. On travaille avec des rangers, notamment sur un site construit en Belgique sur un ancien terril de mine de charbon, entièrement reboisé et replanté, aujourd’hui classé parc national : des balades y sont organisées avec des rangers qui expliquent la reconstitution de ces paysages. On développe aussi des parcours nature en autonomie, avec panneaux explicatifs et une application Nature Discovery. Mais le site qui incarne le mieux cette philosophie, c’est celui qu’on a ouvert en 2022 dans les Landes de Gascogne, dans le Lot-et-Garonne : un site zéro voiture, sans aucun bruit de moteur, avec un quartier ferme entier : ferme pédagogique, potagers, ateliers de soins aux animaux, initiation à l’aquaponie et onze cottages-fermes absolument charmants, pensés dans les moindres détails, jusqu’aux petits potagers aromatiques devant chaque logement. C’est une vraie expérience immersive, et on continue à développer ce type de fermes expérientielles.

Vous évoquiez aussi des initiatives hors des murs du parc…

Oui, on essaie d’apprendre aux gens à observer la nature même en dehors de nos sites. On a par exemple lancé un partenariat autour de l’observation des étoiles, avec des ateliers pour apprendre aux enfants à regarder le ciel, et un petit dispositif qui projette la voûte céleste au plafond d’une chambre. L’idée, c’est de faire vivre notre expertise sur la nature dans le quotidien des gens, et pas seulement au moment où ils viennent sur nos sites.

Vous dites que le vrai luxe aujourd’hui, c’est le temps. Comment vivez-vous cela personnellement ?

J’ai l’impression qu’on n’a jamais eu aussi peu de temps disponible que depuis qu’on est équipés d’outils censés nous en faire gagner. La perception du temps s’est contractée, et ça crée une intensité de vie assez énergivore. À l’origine, je ne suis pas quelqu’un qui anticipe beaucoup, j’étais plutôt du genre « last-minute booker », spontanée, comme dans mon enfance. Mais j’ai dû apprendre à adapter mes temps de pause : quand je voyage, j’aime tout faire, tout voir, je me souviens être revenue des Pays-Bas en connaissant le pays mieux que des amis néerlandais. Avec des enfants petits, il a fallu que j’apprenne à être plus tranquille, moins exigeante, à préserver de vrais temps de récupération. Ce n’est pas contre qui que ce soit, mais c’est devenu un point d’attention hyper fort dans la façon dont je pense l’expérience de nos clients : je trouve précieux que notre marque puisse prendre en charge une part de la charge mentale de l’organisation des vacances, et pas seulement ce qui se passe sur site.

Est-ce que cette charge mentale reste très genrée dans l’organisation des séjours ?

Je n’ai pas de statistiques très fines là-dessus, mais je dirais que ça reste un peu plus féminin, autour de 60-40, sans que ce soit non plus totalement déséquilibré. Ce que je vois aussi, ce sont de plus en plus de grands-parents qui organisent le séjour familial. C’est un lieu qui se prête bien au multigénérationnel : comme on a le confort d’un logement avec tout le site à disposition, on peut venir avec ses parents sans que tout le monde soit obligé de courir après les mêmes activités. On a d’ailleurs de grands cottages pouvant accueillir jusqu’à douze personnes, très spacieux, conçus pour que chacun ait sa chambre et sa salle de bain. On ne se marche pas dessus, chacun garde son indépendance tout en pouvant se retrouver pour un repas de famille au restaurant du site.

Vous observez aussi d’autres configurations familiales, plus atypiques ?

Beaucoup : des bandes d’adultes qui veulent se retrouver entre eux tout en gardant leur indépendance, des pères qui viennent entre eux avec un de leurs enfants, des week-ends entre copines. Et je pense aussi aux familles monoparentales ou séparées, pour qui c’est un vrai espace de liberté. Je repense à des amies parties à deux mamans avec leurs enfants, réservé à la dernière minute. Comme on est accessibles en deux heures de voiture depuis les grandes agglomérations, et qu’on peut réserver jusqu’à la veille, on permet une vraie spontanéité, sans le poids de l’anticipation.

Comment articulez-vous, vous-même, cette passion pour votre métier et votre vie de famille ?

J’ai pris ce poste il y a cinq ans, avec trois petits et un bébé à la maison, un mari qui travaille aussi, et une logistique assez dense. J’ai appris progressivement à transformer ma passion pour ce travail sans qu’elle m’épuise — il faut trouver comment se ressourcer, sinon on s’essouffle. J’ai d’abord voulu me forcer à faire des activités « pour moi », de la guitare, du sport : assez vite, je l’ai vécu comme une nouvelle contrainte. J’ai compris que chacun doit trouver son propre cheminement, ce qui le ressource vraiment — pour moi, ce sont des choses calmes, la pâtisserie par exemple, ou récemment la chorale, plutôt que des activités qui stimulent davantage. Aujourd’hui, je n’ai pas vraiment cette notion de déséquilibre entre vie pro et vie perso : tout est assez imbriqué, mais ça ne me dérange pas, à condition d’accepter qu’on ne peut pas complètement cloisonner les deux, plutôt que de se sentir frustrée en permanence dans l’un ou l’autre. Cela dit, savoir aussi poser une limite claire compte tout autant : quand j’étais très enceinte, on m’avait proposé de rester joignable, j’ai clairement demandé qu’on me laisse vivre ce moment sereinement. Dire aux gens de ne pas attendre de réponse de votre part, je trouve que c’est plus honnête que de les laisser espérer une disponibilité qu’on ne peut pas tenir.

Un dernier mot pour celles et ceux qui n’ont pas encore réservé leurs vacances ?

Qu’il n’est pas trop tard ! On observe une vraie polarisation : ceux qui anticipent de plus en plus tôt, souvent pour sécuriser un hébergement précis, nos maisons dans les arbres partent très vite, par exemple — ou pour ritualiser leur venue, parfois le même cottage, la même semaine, d’une année sur l’autre. Et puis ceux qui réservent au dernier moment, et c’est très bien aussi : c’est justement ce que notre format permet. Dans tous les cas, on les accueillera avec plaisir, avec leurs enfants, leurs parents, leurs amis.