La Roquerie Cottage par Aurélie Debiève
L’émotion d’un nouvel ancrage alors même que l’on est de passage. Voilà le privilège qu’offre La Roquerie Cottage, cet écrin non loin de Honfleur où Aurélie Debiève accueille ses hôtes comme une seconde famille. Dans l’intimité de ce parfait repaire d’impressionnistes, la normande d’adoption a trouvé son alignement, à la faveur d’un art de vivre romantique entre rencontres et contemplations. Suivez la propriétaire, dans ce lieu de concordance des temps.
Aurélie, quelle joie de vous rencontrer afin de pousser les portes d’une longère normande qui incarne parfaitement la clé des champs ! Plus qu’une villégiature, La Roquerie raconte avant tout quelque chose de vous…
Cette maison est un véritable accomplissement, c’est vrai. Elle incarne la réalisation de mon rêve d’enfant. Venant d’un milieu modeste, j’ai grandi en voyant mes copains et copines partir chez leurs grands-parents l’été ou dans la maison de vacances familiale. Je fantasmais ces escapades dans de grandes demeures surannées ou non, où les objets témoignent d’une époque et d’une histoire héritée. Originaire du Nord-Est de la France, j’ai déménagé à Paris après le bac. À l’heure où mes amis partaient en Erasmus, j’entamais mon grand voyage vers la capitale. C’était un bouleversement, je ne vais pas mentir. J’ai mis du temps à apprivoiser Paris et à me faire de véritables amitiés. Je m’y sentais parfois seule et différente comme si quelque chose de ma province me manquait pour être ancrée.
Et c’est à ce moment-là que votre rêve de petite fille s’est rappelé à vos souvenirs ?
Il ne m’avait jamais vraiment quitté, et l’expérience quotidienne d’une ville ultra-urbaine et stimulante ne faisait que renforcer mon désir de nature. Pour autant, ce rêve était à contre-courant de ce qu’était ma vie à l’époque et de celui qui la partageait.
Avez-vous revu vos désirs en conséquence ?
Une amie m’a aidée à me souvenir que l’on ne devait jamais renoncer à ce qui nous rend profondément heureux. J’ai donc pris la décision d’acheter seule.
Le Cottage a-t-il été difficile à trouver ?
J’ai visité une centaine de maisons à vrai dire. Par leur architecture singulière, elles présentaient toutes ces mêmes spécificités : une hauteur de plafond très restreinte et une luminosité très limitée. Sauf celle-ci. Dès le chemin qui mène au cottage, j’ai ressenti quelque chose. Puis je suis entrée dans la pièce principale et le soleil magnifique de cette journée-là illuminait généreusement le plafond cathédral de la demeure. Elle ne ressemblait pas du tout à ce à quoi elle ressemble aujourd’hui encore 4 ans plus tard, et pourtant j’ai tout de suite discerné son potentiel et son énergie. C’était le coup de cœur et j’ai fait une proposition. L’aventure commençait… Si on peut dire, car la proposition a été refusée ! (Rires) La négociation a duré 6 mois car je tenais à acquérir cette maison mais mon budget était limité. J’ai contracté un crédit et mis l’intégralité de mes économies dans les travaux et l’aménagement de ce projet…ce que toute banque vous déconseille de faire ! (Rires)


Si La Roquerie inspire autant, c’est notamment grâce à sa philosophie de cottage accueillant, un refuge qui célèbre les bonheurs simples d’une nature ragaillardie par les pluies fraîches. Quelles modifications avez-vous faites pour que le lieu devienne un berceau aussi doux que charismatique ?
La plus grosse entreprise a été de retrouver le charme d’origine, étouffé par des aménagements récents parasites. Nous avons changé les sols et transformé la salle de bain marquée par une forte esthétique des années 1990. Il était important pour moi que l’âme de la maison, son patrimoine – traversé par des influences britanniques – puisse de nouveau s’exprimer. C’est ce qui me touche : l’émotion d’une maison qui transmet son histoire avec authenticité.
Votre amour pour la transmission s’exprime également à travers l’art de la brocante que vous maîtrisez parfaitement. Ces pièces que vous chinez avec goût et patience dialoguent avec la demeure pour s’offrir mutuellement un nouveau chapitre d’histoire.
Oui, j’ai hérité de l’amour de la brocante de mes parents. Ce qui fait que, même avant d’avoir les clefs de l’adresse, j’avais déjà accumulé des objets et meubles que j’aimais plus que tout sans savoir encore quelle place ils trouveraient. Le projet évoluant, les objets ont circulé de pièce en pièce. J’en ai vendu certains et acheté d’autres via Leboncoin, les brocantes en ligne, les marchés ou les recycleries. Cette chorégraphie d’objets d’hier qui vont de main en main est tellement émouvante. Ce n’est pas comme acheter un objet neuf, l’objet préexistant raconte quelque chose de celui qui me le vend et de tous les murmures dont il a été le témoin. Il est animé en quelque sorte et par conséquent, il donne vie à son décor également.
Saisissez-vous chaque occasion de partir à la chasse de nouvelles trouvailles ?
Même enceinte, je chine ! (Rires) En pratique, je n’ai pas réellement de méthodologie. Il peut m’arriver de rechercher quelque chose en particulier et dans ces cas-là je prospecte par mots-clés en ligne et je fais dérouler les milliers de pages. Il m’arrive de repérer des pièces qui ne sont vraiment pas à côté, alors j’essaie d’établir des stratégies. J’entre en contact avec le vendeur pour savoir s’il se déplace ou s’il accepte de mettre la pièce de côté jusqu’à ce que je passe par chez lui sur le chemin de mes vacances ! (Rires) Heureusement, il existe une solution de covoiturage d’objets par des particuliers qui s’appelle Cocolis. C’est vraiment formidable même si je suis du genre à prendre la route durant 5 heures afin d’acquérir mon coup de cœur. Quand on aime, le temps est toujours bien investi !
La Roquerie et son peuplement d’objets minutieusement sélectionnés prennent vie grâce à un élément qui nous fascine au sein des Confettis : la couleur. D’où vient votre goût pour les nuances ?
Je crois que cette considération pour la couleur s’est étoffée à la faveur des 5 années que j’ai passé dans la maison Hermès. C’était fabuleux d’être au cœur d’une institution qui avait la couleur pour prisme de réflexion. Qu’il s’agisse de la maroquinerie, de la soie, du maquillage : tout était lié à la couleur. Grâce à cette expérience, j’ai aussi eu la chance d’expérimenter avec la couleur. J’ai pu observer comment les couleurs se répondent, comment elles habillent les matières, comment elles réagissent à la lumière et comment elles peuvent animer des espaces entiers.


C’est donc un mélange d’apprentissages et d’instinct qui vous ont permis d’offrir à cette longère ses plus belles couleurs ?
La question du processus créatif m’est souvent posée. Je reçois de nombreuses demandes par l’intermédiaire des réseaux sociaux de La Roquerie concernant la manière dont je choisis telle ou telle couleur, tel ou tel objet. Ce n’est pas toujours évident à expliquer car effectivement j’ai fait énormément de choix par instinct au départ. Je regardais les palettes de peintures en magasin et je disais : « Je veux cette couleur ! » sans intellectualiser plus que ça. Parfois je me plantais d’ailleurs, puis je recommençais. En réalité, j’ai éprouvé mes choix en les faisant. Aujourd’hui, je peux dire que selon l’orientation des pièces, les couleurs peuvent se parer de reflets jaunes ou gris ainsi, ce détail est déterminant dans le choix des peintures intérieures. Avant d’en faire l’expérience moi-même à travers La Roquerie, je ne pouvais pas l’affirmer avec autant d’assurance. La lumière du sud aura tendance à réchauffer les couleurs quand la lumière du nord refroidira les tons. Et puis, il y a les partis pris. Pour Le Cottage, j’avais envie de retrouver la verdoyance des extérieurs à l’intérieur. Je l’ai fait grâce à un camaïeu de verts et leurs complémentarités. Investir dans une roue chromatique est idéal pour se familiariser avec le langage des couleurs d’ailleurs.
Vous arrive-t-il que l’on vous sollicite pour de la curation ou de l’aménagement d’intérieur au regard de ce que vous avez réalisé avec ce cottage ?
Oui, il m’arrive de créer des identités intérieures, des atmosphères, pour d’autres. La couleur est d’ailleurs un fil rouge à travers mes différentes réalisations. J’aime oser, sortir des sentiers battus du blanc et du beige et penser le lieu de vie comme un espace ancré dans un environnement. Je ne considère pas l’aménagement d’une bâtisse provençale de la même manière qu’une longère normande !
Diriez-vous que vous êtes une femme haute en couleur ?
Ce qui est certain, c’est que je ne suis jamais entrée dans des cases. De manière générale, je dirais que je suis plutôt clivante. Je suis très franche et cela ne plaît pas toujours mais j’adore que l’on exprime son désaccord avec moi car c’est très enrichissant de confronter ses idées et points de vue. Je suis quelqu’un qui ose, c’est inscrit dans ma personnalité, et j’aime prendre le risque de cette liberté là. Ça a été un cheminement de comprendre que je ne pouvais pas me conformer aux aspirations et désirs des autres. De même, je suis très heureuse d’avoir eu un poste à responsabilités dans une autre grande entreprise du luxe français mais j’ai compris également que c’était peut-être le rêve des autres que je réalisais par ce chemin là, aussi enrichissant soit-il. J’ai dû me rencontrer moi-même pour me réaliser.


Une transition merveilleusement trouvée car justement, La Roquerie est un véritable espace de rencontres !
Au fil du temps, le lieu est devenu un véritable écosystème d’expériences partagées. C’était sûrement prédestiné par mon amour des rencontres mais il est vrai qu’au départ, la maison n’était pas pensée pour héberger des voyageurs. Ce devait être un lieu intime réservé à ma famille, mes amis et moi. Cependant, l’impératif financier m’a rapidement rattrapé. Alors j’ai créé un compte Instagram dédié au lieu. Je partageais son aménagement, sa décoration en cours et son art de vivre bucolique en espérant que cela initierait des demandes de privatisation et de séjours. Très vite, il y a eu un engouement et j’ai misé dessus. Assez naturellement, cette inclination à rencontrer l’autre a matérialisé le supplément d’âme de la maison. J’ai commencé à organiser des déjeuners pour que l’on puisse se connecter entre passionnés d’art de vivre par-delà les réseaux sociaux. Je crois que cela répondait à un besoin de retrouvailles, de convivialité et d’échanges, mis à mal notamment durant la pandémie. C’était l’occasion de se retrouver entre esthètes autour d’une table et de découvrir des talents et savoir-faire en lien avec ce bel espace de vie.
Votre communauté grandissant, les marques ont commencé à s’intéresser à l’adresse et à devenir actrices de ces expériences on imagine ?
Les marques, les journalistes, les créateurs de contenu, les artisans alentour : La Roquerie est devenu en peu de temps le pavillon de merveilleuses rencontres qui nourrissent chaque jour de nouveaux accomplissements et perspectives.
Cette superbe aventure vous a d’ailleurs inspiré dans la création et l’édition d’objets poétiques que vous dévoilez petit à petit. Peut-on en savoir un peu plus ?
Ces pièces domestiques sont le fruit du temps passé au sein de cette maison. C’est une collection d’objets qui inspire à un quotidien romantique, empreint de raffinement et de délicatesse. J’ai choisi les tissus, imaginé les détails, matières et un atelier de confection artisanale me suit dans le développement de chaque pièce. La première collection se compose d’une corbeille, d’une boîte à thé, d’une boîte à courrier, d’une boîte à mouchoirs et d’un carnet de notes. Chaque objet a été pensé pour se réinventer au fil du temps : la corbeille accueille vos plus belles fleurs ou magazines, la boîte à thé se transforme en écrin à bijoux… Et parce que je souhaite que chaque création ne ressemble qu’à son propriétaire, il est possible de l’habiller d’un monogramme brodé, comme un sceau intime. Je souhaite que ce projet grandisse et que ces pièces poétiques puissent, pourquoi pas, se retrouver dans les intérieurs de ceux et celles qui aiment l’art de vivre.
Vous parliez de supplément d’âme plus tôt, là vous évoquez une signature La Roquerie : quels mots mettriez-vous là dessus ?
On en revient toujours à l’émotion et je crois que cette émotion que les gens ressentent au sein de cette demeure ou même par l’intermédiaire de ses réseaux sociaux provient de l’intention qui habite chaque souffle de ce projet. C’est sûrement ça, sa signature, celle que l’on aimerait ramener dans son foyer après un séjour ici. Une célébration attentive des beautés du quotidien sublimées par un artisanat délicat et beaucoup de tendresse. Un fragment de « vraie vie » à quelques heures de la sienne où le charme de l’imparfait sensible triomphe du parfait calibré. Un cœur ouvert au vent qui siffle, aux rires qui éclatent, aux souvenirs perlés par l’entrain de la Manche.


Nous avons de la chance d’échanger avec vous à l’heure où une nouvelle aventure démarre pour vous…
Deux aventures ! (Rires) En effet, je m’apprête à devenir maman et c’est un sacré bouleversement mais je suis également en plein aménagement d’un nouveau lieu qui viendra offrir une nouvelle dimension à l’expérience La Roquerie.
Pouvez-vous nous en dire plus ?
Comme nous l’évoquions, je considère que ce sont les rencontres qui font vivre l’âme du Cottage or il devenait de plus en plus frustrant pour moi d’organiser des évènements ou ateliers sans permettre à tous les participants de prolonger l’expérience au coin du feu, une fois la nuit tombée. En effet, cette maison dispose de 3 chambres et une salle de bain. Mue par l’envie de proposer une expérience intégrale, j’ai commencé à rechercher plus grand. Après des mois de recherche et des critères bien précis en tête, j’ai eu un véritable coup de cœur pour un ancien pressoir du XVIIe siècle, situé à vingt minutes de Deauville et d’Honfleur. Nichée entre haras et pommiers, cette bâtisse normande au charme incontestable portera le nom de La Roquerie Farmhouse. Elle ouvrira ses portes en mai 2026, après quelques mois de rénovation bien mérités, une nouvelle page qui s’écrira dans le prolongement naturel du Cottage.
Quelle est votre vision pour ce lieu qui semble représenter une nouvelle étape dans votre accomplissement ?
Avec Bastien, mon compagnon, chef cuisinier, nous avons imaginé un lieu où l’on prend le temps de vivre, d’échanger et de transmettre. La Farmhouse se veut une maison ouverte, authentique et chaleureuse, un refuge dédié au partage et à la convivialité. On y découvrira des retraites culinaires, créatives ou bien-être, mais aussi, à certaines occasions, une table d’hôtes célébrant le terroir normand. Pensée comme un lieu hybride, articulé autour de l’art de vivre et du temps long, elle pourra être entièrement privatisée pour des événements (séminaires, mariages…) ou accueillera ses hôtes en chambre d’hôte, comme une maison d’amis.
Qui dit nouvelle adresse dit nouvel élan de créativité !
Oui, je m’accomplis tellement dans l’aménagement et la scénographie ! Pour la décoration de la maison, j’ai la chance de réaliser des partenariats avec des marques incroyables qui me font confiance maintenant. En effet, ce premier lieu représente une véritable garantie de valeurs et d’influence pour les maisons qui m’accompagnent. Dans ce nouvel écosystème dont j’ai pensé tous les détails avec une liberté totale, dialoguent les remarquables papiers peints Little Greene et les peintures Ressource que l’on ne présente plus. Pour les salles de bain, nous avons la chance d’être équipés par la référence britannique Hudson Reed dont les baignoires à pattes de lion sont splendides. Encore une fois, c’est un privilège que m’offrent ces institutions, sans elles le projet ne pourrait voir le jour.

Retrouvez l’intégralité de cette rencontre au coeur de la Roquerie Cottage dans le Volume 19 de notre revue Les Confettis, disponible actuellement à la commande.
À suivre
Notre revue CONFETTIS Volume 19 est arrivé !
