Violette Serrat, envisager les beautés
En exclusivité, découvrez notre échange avec la remarquable Violette Serrat, fondatrice de la ligne de maquillage Violette_FR et cover-girl du Volume 16 des CONFETTIS, toujours disponible à la commande.
Faire la part belle aux visages. Ceux dont les sourcils se froncent, ceux qui esquissent un sourire, ceux qui rougissent, ceux qui affrontent la ville anthracite. Maquilleuse, directrice artistique beauté pour Guerlain et fondatrice de sa propre marque de soins cosmétiques et make-up VIOLETTE_FR, Violette Serrat célèbre la diversité des beautés comme la variété des nuances. Une femme haute en couleur qui inspire nos ambitions les plus vives.
Chère Violette, avec un prénom comme le vôtre, on peut s’imaginer que vous étiez destinée à vous exprimer à travers les couleurs .
Le plus drôle, c’est que mes autres prénoms, Lilas et Rose, reflètent également ce lien avec la couleur. (Rires) Plus que mes prénoms, je pense que l’ambiance et le milieu assez artistique dans lesquels j’ai grandi ont orienté mon appétence pour les nuances. Pour autant, en observant ma fille aînée, je remarque qu’elle développe également une sensibilité pour la couleur. Je me demande parfois s’il n’y a pas une composante génétique là-dedans finalement.
La recherche de la couleur « parfaite » est véritablement l’une de vos signatures…
Absolument, je travaille la couleur avec beaucoup d’intensité, je ne sais pas faire autrement. Ce n’est pas évident de mettre des mots sur tout cela, mais j’ai l’impression de pouvoir lire les couleurs. Je ne peux pas lâcher ma quête chromatique tant que je n’aboutis pas à la tonalité que je désire. Je suis pointilleuse, car ça compte pour moi, et ma fille est pareille ! (Rires) C’est une enfant de 5 ans, j’adapte donc mon langage pour elle, en simplifiant certaines choses. Alors elle me reprend, si j’appelle « rouge » un rouge avec une dominante d’orangé, elle me dira « non, c’est orange ». Je lui apprends donc les termes subtils à l’image du fuchsia, du pastel, du corail, etc.
Figure de liberté, vous osez partir à 19 ans poursuivre le rêve américain, sans plan et sans parler la langue. Réaliser vos rêves est votre moteur ?
Complètement. Bien que je ne sois restée à New York que 3 mois avant de rentrer à Paris, je suis revenue avec une passion d’autant plus affirmée. J’ai eu une enfance compliquée, comme beaucoup d’entre nous finalement, et ce qui m’a permis de tenir et d’avancer résidait dans ma propension à rêver grand. Je me sens légitime et libre dans la conquête de mes rêves depuis toujours et je pense que cette attitude m’a permis de les réaliser. Je ne suis pas du genre à renoncer, je me projette, je refuse les pensées limitantes. Ainsi je me retrouve beaucoup dans la maxime américaine : « Sky is the limit ». Développer les projets que j’ambitionne, réaliser mes rêves m’apporte énormément de bien-être et de bonheur, alors je ne m’arrête pas ! (Sourire) Aujourd’hui, je suis d’ailleurs installée à New York depuis 9 ans.


Cette audace, cette habileté à oser est-elle un trait de caractère ou le résultat d’une éducation, selon vous ?
C’est le fruit d’un cheminement personnel. Enfant, j’ai vécu des situations difficiles face auxquelles j’étais impuissante. En opposition à cette passivité subie, je me suis construite dans la revendication d’une liberté d’action pour ne plus être dans cette position. Je suis en paix avec mon passé aujourd’hui, je l’accepte et je suis reconnaissante de tout ce qui a pu me permettre d’être qui je suis à l’heure actuelle.
Vous cherchez à transmettre cet état d’esprit émancipé à vos filles ?
Oui, absolument. Je suis très heureuse de pouvoir leur montrer, par mon exemple, que l’on peut être comblée dans chacune des facettes de nos vies. J’ai tellement été bercée d’injonctions selon lesquelles les femmes doivent obligatoirement choisir. Être une mère épanouie ou une créatrice/entrepreneure qui se réalise : pourquoi faudrait-il renoncer à l’un pour avoir l’autre ? Pourquoi les femmes devraient-elles se résigner à la toute petite case à laquelle on les destine ?
Vos filles bénéficient également de l’ouverture d’esprit que confère leur triple culture.
Effectivement, mon aînée est très fière de dire qu’elle est française, américaine et chinoise par son papa. C’est une chance immense pour mes filles et pour nous en tant que famille de vivre cette richesse culturelle. Cela nourrit l’âme à bien des égards. Aussi, j’ai le privilège immense d’avoir trouvé deux écoles, une à Paris et l’autre à New York, qui permettent à ma fille d’avoir une scolarité sur-mesure entre les deux continents. C’est merveilleux, car au-delà d’un enseignement de qualité, cela lui inculque aussi l’adaptabilité. C’est une qualité primordiale pour tracer son chemin dans la vie !


Vous le disiez, avec un pied aux États-Unis et l’autre en France, vous incarnez le multiculturalisme. Comment cette double culture influence-t-elle votre vision artistique et votre approche du maquillage ?
New York a ouvert une porte vers la fantaisie dans mon esprit créatif. Je crois être le pur cliché de la Parisienne (Rires), j’ai cette considération pour le chic et l’élégance, mais ces notions peuvent parfois tendre vers une expression rigide du style, du look, de la mode. New York m’a offert une nouvelle respiration grâce à la confluence de toutes les diversités qui se rencontrent ici. J’ai appris à teinter mon esthétique d’un amusement et d’une joie un peu transgressive vis-à-vis de cette élégance rigoureuse. Mes produits incarnent ce plaisir de jouer avec les couleurs et les matières pour agrémenter une allure.
Ressentez-vous un certain empowerment au féminin qui semble aussi appartenir à la culture business des États-Unis ?
C’est délicat. C’est effectivement ce que l’on pourrait croire depuis l’Europe, mais je ne trouve pas que les États-Unis soient un pays féministe. En un sens, la culture libérale encourage les femmes à se réaliser, mais le système désavantage celles qui souhaitent s’épanouir selon leurs propres règles. Par exemple, ne pas allaiter est un véritable scandale ici. La prise en charge médicale comme la protection sociale des femmes sont largement dénigrées. Il y a beaucoup de chemin à parcourir et cela m’a particulièrement heurtée lors de la naissance de mes filles.
Dans une interview, vous évoquez l’histoire d’Isabelle Autissier, la navigatrice, comme un rôle modèle qui vous a poussée à créer votre fameux moodboard, point de départ de l’ADN de votre marque. Avoir des modèles de réussite, c’est important pour vous ?
Si je n’avais pas eu l’exemple de femmes extraordinaires comme Isabelle Autissier ou Florence Arthaud, alors peut-être que je n’aurais jamais convoqué le courage qu’il y a en moi. Aujourd’hui, cela fait 3 ans que la marque existe, et je n’arrive toujours pas à réaliser tout le chemin parcouru pour en arriver là. C’est le résultat d’un énorme travail. Je pense que je ne pourrais pas réaliser et incarner ce rêve au quotidien sans toutes les représentations de femmes inspirantes qui ouvrent la voie. D’ailleurs, à la maison, avec mes filles, nous adorons les livres qui retracent les histoires de Frida Kahlo et Yayoi Kusama.

Vous êtes-vous inspirée d’entrepreneures et de cheffes d’entreprise pour la construction de votre structure ?
Je suis cheffe d’entreprise, mais j’aborde ma marque par sa dimension artistique. Mon inspiration et mon développement s’ancrent dans cette créativité, au cœur de la marque. Je me sens davantage portée par des femmes créatives, artistes, aventurières que par des business developers. Je suis devenue maquilleuse par mes propres moyens, au gré de ma liberté. Je souhaite continuer d’évoluer ainsi.
J’ai construit le département marketing de la marque très tard, car je ne supporte pas le marketing. J’ai pris le temps de trouver une personne experte dans ce domaine et qui s’adapte parfaitement à ma manière de travailler. Ce n’est pas conventionnel, car je ne suis pas un profil éduqué en école de commerce, mais finalement, tant mieux. L’addition de nos forces fait la complémentarité et la singularité de la marque. Son âme, quelque part. Je suis heureuse que la structure grandisse à un rythme qui me correspond et qui est en phase avec mes aspirations. « Faire autrement » est possible, d’autant plus quand on s’entoure de talents confirmés.
Craignez-vous l’échec professionnel ?
Non. Pour tout ce qui a trait à ma réalisation professionnelle, j’ai l’impression d’être née sans aucune peur. C’est une chance inouïe ! Je ne ressens pas de stress vis-à-vis de mes responsabilités, je suis constamment calme et ancrée. Rien ne m’inquiète dans ma carrière, car tant que je fais de mon mieux – et je fais de mon mieux –, alors ça ira. De la même manière, je suis touchée par le succès, mais je ne me sens jamais fière. Je suis heureuse, mais je me félicite rarement. C’est étrange, mais c’est ainsi.
Vous prônez une approche artistique du make-up en considérant que les visages sont des toiles vierges qui permettent de s’affirmer et de cultiver la joie. Votre processus créatif valorise le pigment, la nuance juste et la texture parfaite. Racontez-nous votre cheminement créatif, de l’idée jusqu’au produit.
Au départ, il y a généralement un besoin personnel. Le Boum Boum Milk est l’aboutissement d’une quête qui a commencé quand je travaillais encore à Paris lors des shootings mode et qu’il fallait que la peau des mannequins soit resplendissante. Comme un savant fou, je cherchais à trouver les formules qui pouvaient aider immédiatement les peaux vulnérabilisées des modèles. Aujourd’hui, je vois à quel point le Boum Boum Milk permet de restaurer leur barrière cutanée, voire de venir à bout d’un psoriasis, comme c’est le cas pour ma nounou parisienne.
Dans un second temps, je cherche à concevoir le produit que j’imagine de manière à ce qu’il soit facile d’utilisation et d’appropriation pour les personnes qui vont se le procurer. Cette logique opérationnelle est également très importante pour moi, qui prends beaucoup en considération l’aspect technique de mon métier. De l’amusement, de la créativité, de l’efficacité oui, mais toujours propulsés par une aisance d’usage. Dernièrement, mon processus créatif a rencontré une variante. En effet, tout est parti d’un mot qui m’est venu à l’esprit. À partir de là s’est façonnée une histoire qui donne vie à des produits que vous découvrirez l’année prochaine. Suspense.

Qu’est-ce qui fait le « je-ne-sais-quoi » de vos produits ? Puisqu’il s’agit d’une expression que vous appréciez utiliser.
À mon sens, le « je-ne-sais-quoi » correspond à une unicité, une singularité propre à chacun. Mes collections de produits cultivent justement ce « je-ne-sais-quoi » en encourageant la découverte de soi, la créativité personnelle, l’expression de sa justesse. Je ne vois pas l’intérêt d’être une copie.
Porter du VIOLETTE_FR, c’est apporter un peu de joie de vivre et s’amuser. L’émotion est une composante de la beauté, selon vous ?
Oui, c’est important. Il est fondamental d’appréhender le maquillage comme une célébration. C’est terrible d’observer que l’on consomme du maquillage pour s’effacer, pour se standardiser, pour se supporter. À mon sens, le soin de beauté, comme le maquillage, devrait être un rituel sacré qui encourage la créativité infinie et la bienveillance envers soi. Je souhaite mettre cette intention positive dans la composition de mes produits : des soins qui subliment ce que Mère Nature nous a offert et des couleurs qui célèbrent les créatures parfaites que nous sommes.
Vous reste-t-il encore des rêves à réaliser ?
Oui ! (Rires) Je suis passionnée par le Japon, donc j’aimerais vraiment avoir une présence là-bas. Je rêverais également d’avoir une présence en Inde. Être connectée à ces pays serait vraiment fabuleux. D’autre part, j’ai hâte de lancer certains produits, je ne tiens plus ! Par choix revendiqué, nous ne faisons que de l’innovation, ainsi le délai de mise sur le marché de nos créations est de 3 ans, et c’est long pour l’impatiente que je suis ! (Rires)
Retrouvez l’intégralité de cet échange avec Violette Serrat, fondatrice de Violette_Fr dans le Volume 16 de notre revue Les Confettis.
Crédit Photos en Une ©Young Sohn pour Les Confettis / Stylisme ©Arnaud Klein
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