Un café avec Joséphine Goube - Les Confettis
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Inspiration et aspirations féminines

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Un café avec Joséphine Goube

Personnalité | , 6/11/17 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

Rencontre avec Joséphine Goube, fondatrice de la start-up Techfugees qui puise dans les ressources des nouvelles technologies des solutions pour aider les réfugiés. Retour sur les initiatives d'une entrepreneuse à la solidarité sans frontière.

Un café avec Joséphine Goube

Énergique et dynamique, Joséphine Goube, entrepreneuse « nouvelle génération », a été classée, début 2016, par le célèbre magazine Forbes parmi les 30 personnalités de moins de 30 ans les plus influentes et les plus innovantes d’Europe. PDG et CEO chez Techfugees, elle contribue à développer des solutions destinées à aider les réfugiés au quotidien. Interview geek.

appli Techfugees

Joséphine, avant tout, pouvez-vous nous rappeler votre parcours ?
Je viens d’une petite ville de province, dans le Nord de la France. Après l’obtention de mon bac, j’ai fait les grandes écoles : Sciences Po et NSI, The London School Economics.J’en ai d’ailleurs profité pour faire un stage à New York. Quand j’ai été prise à Sciences Po, cela a été un gros choc émotionnel. Je me suis dit que tout était possible, qu’il n’y avait, en fait, pas de limites. Je me suis bien intégrée à l’école mais j’ai aussi toujours travaillé sur des projets en parallèle. Je suis quelqu’un d’assez solitaire finalement, un peu sauvage. En 2010, en parallèle de la London School Economics, j’ai monté un incubateur pour entrepreneurs sociaux et technologiques. Quelques temps après, j’ai rencontré David Cohen, le fondateur de Techstars à Londres. Il m’a alors glissé qu’il voulait faire quelque chose pour les migrants. Et moi, ce qui m’intéresse, c’est le changement social et culturel, comment la technologie impacte la société. Du coup, ça a matché tout de suite. Cette rencontre a été décisive : il m’a ouvert l’esprit. J’ai bossé immédiatement sur l’idée d’une application à destination des migrants. C’est comme ça que Migreat est née, à la fois premier portail mondial pour l’accès à l’information locale pour les personnes déménageant dans une nouvelle ville ou un nouveau pays, réseau social pour les migrants et Skyscanner pour l’immigration.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’entreprendre ?
Pour expliquer mon ambition, il faudrait revenir à mon adolescence dans le Nord. Il ne se passait rien, je m’ennuyais. Je passais mon temps sur Internet. J’ai eu mon bac avec 18 ou 19 de moyenne générale grâce à Internet qui m’a tout appris. Il y a toujours eu en moi cette ambition, cette envie d’apprendre. Il y avait un décalage avec l’environnement autour de moi. A l’époque, je ne comprenais pas pourquoi j’avais cette ambition, pourquoi je pensais à autant de choses, d’où cela me venait.

Vous est-il arrivé d’être découragée ?
J’ai sûrement été découragée mais je ne m’en souviens plus aujourd’hui. J’ai des amis et des gens tellement fantastiques autour de moi, qui sont toujours prêts à me soutenir et me rappeler l’importance et l’impact de mon travail. J’ai eu des moments de mésestime. Pourtant, je n’ai pas un manque de confiance en moi mais il m’arrive de me limiter. Je me demande si je suis réellement capable de telle ou telle chose ; ou je me dis « ce n’est pas possible, tu viens d’un petit village du fin fond de la France. » Il y a un côté arrogant dans ma fonction qui me fait peur, un côté trop ambitieuse… Quand je suis passée à la télévision, tout le monde a commencé à adorer ce que je faisais alors que cela faisait déjà 3 ans que je travaillais de mon côté. Je faisais le même métier et rien n’avait changé ! Je m’intéresse beaucoup au médium de communication. Le médium informe les gens. Le format télévisuel a une influence extrêmement forte. Il a un pouvoir incroyable. Quand je suis sortie du « Grand Journal », le retour que j’ai eu était complètement dingue. Ce fut un vrai accélérateur, un véritable coup de projecteur sur le travail que l’on faisait et en quoi cela pouvait changer le monde.

Parlez-nous de votre activité aujourd’hui et de Techfugees. Comment cela marche ?
J’ai aidé à monter la start-up Migreat. Elle a pour but d’assister à la demande de visas, de formulaires, de documents divers. Elle permet aussi d’orienter vers les personnes à contacter, les associations. On a eu un grand succès car cela partait du constat simple que les réfugiés sont connectés, comme tout le monde, via leurs smartphones. Avec Migreat, ils réussissent à obtenir des visas via leurs pays d’origine et peuvent donc migrer en toute légalité. Aujourd’hui, en tant qu’experte en immigration pour la Commission européenne, je constate que si les lois deviennent plus strictes dans ce secteur, il y aura davantage d’illégalité, de visas famille ou étudiant. Suite à des différences de points de vue avec les investisseurs de Migreat, j’ai décidé de passer à un autre projet et de m’investir complètement dans Techfugees. C’est un projet différent. Le nom du projet, contraction de technologies et réfugiés en anglais, en dit déjà long. Et sa forme aussi. C’est une organisation internationale qui représente un certain nombre d’industriels de la technologie soucieux du sort des réfugiés en Europe. Ensemble, ils ont formé une équipe de volontaires pour créer des solutions et répondre à la situation des réfugiés. Techfugees organise des conférences et des hackathons à travers le monde, gère des projets innovants et travaille avec un réseau mondial de collaborateurs pour soutenir la création d’innovations technologiques pour les réfugiés et les ONG.

café Techfugees

Avez-vous un outil geek dont vous ne pouvez pas vous passer ?
C’est une question hyper importante pour moi, vu que je suis nomade dans mon travail. Aussi étonnant que cela puisse paraître, je ne peux pas me passer de mes bouquins. Ils me rassurent.

Avez-vous une astuce pour ne pas vous laisser envahir par les emails ?
Mon rôle ayant changé, maintenant que je suis PDG et CEO de Techfugees, je dois être constamment derrière mes emails. Comme je suis une nomade, je travaille beaucoup avec mon équipe par email ou par l’appli Slack. J’échange sur Slack avec toute la communauté Fugees et avec mes collègues, en conversations privées. En pratique, je reçois un email par minute, je ne réponds pas à tous, je les filtre et je ne les traite jamais dans l’urgence. Les appels, je ne réponds pas car je ne sais pas ce que veut l’interlocuteur. Je fonctionne plus par texto : je sais en quelques mots la raison et la demande de la personne.

A quel moment déconnectez-vous vraiment ?
Ces derniers mois, cela a été très dur parce que la charge de travail a été énorme. Je fais trois pays par semaine. Finalement, c’est l’avion et le taxi qui me permettent de déconnecter. Ce sont des grands moments pour moi : j’écris, je lis, je regarde les nuages. Quand je pars en vacances – ce qui est très rare, cela fait des mois que je ne me suis pas arrêtée -, je déconnecte vraiment. Et là, je n’ai vraiment pas besoin du téléphone !

Quels sont vos projets ?
J’ai toujours eu plein de projets en même temps. En ce moment, j’ai envie de faire le tri parmi les 1000 que j’ai en tête. Les projets m’ont toujours nourrie, mais aujourd’hui, je n’ai plus besoin de prouver quoi que ce soit. Je pense que j’ai eu envie de beaucoup prouver et surtout d’apprendre énormément. Aujourd’hui, je dois gérer une équipe et je veux être là pour elle. J’ai arrêté Girls in Tech, une association que j’ai créée pour les femmes dans la technologie. Cela a été un succès. Mais j’arrête les différents projets car je veux rester concentrée sur Techfugees. Après est-ce que je vais réussir à rester focalisée sur un seul projet ? Je ne sais pas mais je veux prendre du temps pour moi, pour mon bien-être, mes amis aussi, et peut-être m’installer à Berlin.

Qui sont vos modèles féminins ?
Ma grand-mère et ma mère. Ma grand-mère tient un magasin d’antiquités, elle est drôle, elle danse, elle a un regard vif. Elle est intelligente, avec beaucoup d’humanité. Elle est très ouverte sur le monde. Elle a toujours traité les gens de la même manière quelque soient leurs origines ou leurs classes sociales. Je suis choquée par les étiquettes que l’on met sur les gens depuis son époque. Après, je pense à Coco Chanel, c’est vraiment l’idée d’une femme qui a le genre masculin et féminin, qui commence à déranger, qui interroge sur « qu’est-ce que la féminité ? » Une femme, orpheline, qui entreprend, qui croit en elle-même, qui arrive à Paris et débute comme petite couturière. Elle ne vient pas d’une grande famille et pourtant, elle a de grandes ambitions. Et puis, il y a Madonna, Simone Veil bien sur.

www.techfugees.com

Article extrait de notre revue Les CONFETTIS, Volume 2 disponible sur notre boutique.

Photos © Dire Agency

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