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les confettis

Anne-Laure Constanza

Talents | , 15/05/20 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

En misant sur un marché de niche et en fédérant une véritable communauté, Anne-Laure Constanza a fait de sa marque, Envie de Fraise, une référence pour les femmes enceintes. Rencontre.

Anne-Laure Constanza

Anne-Laure Constanza, quelle petite fille étiez-vous ? J’étais une enfant pas très sûre de moi, plutôt sportive et pleine d’énergie. J’étais bonne élève mais je n’écoutais rien en classe car j’étais en permanence dans mes rêves. Mes amis d’enfance, que j’ai d’ailleurs toujours aujourd’hui, me disent que j’avais des rêves plein la tête.

 

Avez-vous toujours voulu entreprendre ? J’ai créé Envie de Fraise il y a 10 ans. Absolument rien ne me prédestinait à être entrepreneur. Je n’avais ni le modèle familial ni le cursus adapté avec mon diplôme de chinois ! Mais mes choix ont toujours été guidés par mes passions et mes rêves. L’audace, c’est oser s’écouter. À 18 ans, mon rêve, c’était la Chine. Ce pays, auréolé de mystère avec une langue réputée comme la plus difficile au monde, m’attirait beaucoup. Après mon bac, j’ai pris la décision de suivre ce rêve, « d’entreprendre ma vie » et pendant 10 ans j’ai vécu entre la France et l’Empire du milieu. D’abord en tant qu’étudiante puis salariée au sein de grandes maisons de luxe avant de créer ma première société à 27 ans, Chinattitude. L’échec qui a changé ma vie !

 

Quels ont été ensuite les grands choix de votre vie ? Le lancement de Chinattitude a été le grand saut. Le concept était de promouvoir le made by chinese en France. Je rencontrais des designers, stylistes, peintres ultra-talentueux et à travers eux, je voulais faire connaitre une autre facette de la Chine, qui pour moi est riche de savoir-faire et de talents. L’idée était bonne mais tout le projet était catastrophique, du plan à l’exécution, et n’a duré que quelques mois ! Cet échec était assez violent mais après quelques semaines, j’ai réalisé que c’était en réalité la meilleure chose qui me soit arrivée car il m’a forcé à faire une introspection et à me connaître moi-même, bref, à réaliser ce que je souhaitais vraiment faire depuis toujours : créer une marque ! De retour en France et enceinte au même moment, je découvre la pauvreté de l’offre de mode pour les futures mamans. Impossible de m’habiller. Je fais confectionner par ma grand-mère des petites robes avec du tissu chiné au marché Saint-Pierre et elles rencontrent un vif succès auprès de mes amies enceintes. Ça y est je tiens mon idée, je sais comment rebondir ! Je vais créer une marque fraîche, gaie et tendance, aux antipodes de tout ce que j’avais vu jusqu’à présent. Mon leitmotiv : proposer les plus belles créations aux femmes enceintes et le faire à un prix juste, sur Internet, sans intermédiaire, pour avoir un contrôle de toute la chaîne de valeur. Après neuf mois de gestation, Envie de Fraise a vu le jour à l’automne 2006.

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Ensuite, quelles ont été les différentes étapes pour votre société Envie de Fraise ? J’ai démarré fin 2006 avec un atelier de confection à Pékin et un webmaster pour réaliser le site. Tout cela depuis mon appartement parisien. Dès le départ, j’avais la conviction qu’il fallait créer cette marque sur le web. Envie de Fraise a été la toute première marque à s’être créée et développée sur Internet en France. Pourquoi ? En premier lieu parce que les femmes enceintes sont d’abord sur Internet et puis parce que la distribution directe, sur Internet, m’offrait une certaine liberté que n’ont pas les marques traditionnelles qui dépendent de leur réseau ou de leur distributeur. Mais aussi, parce que cela me permettait de contrôler l’image et de pouvoir proposer une large collection de belles pièces à un prix accessible, juste. J’ai ensuite rapatrié la production en France à partir de 2008.

 

Aujourd’hui, on vous caractérise de femme successful. Comment l’expliquez-vous ? Quelles sont pour vous les recettes du succès ? C’est Envie de Fraise qui est successful ! On ne construit rien sans une équipe. Si aujourd’hui Envie de Fraise continue de croître encore au bout de 10 ans de 50 % par an, c’est parce que j’ai une équipe extraordinaire et passionnée, des gens talentueux autour de moi. Par ailleurs, nous avons construit un vrai savoir-faire en 10 ans, qui allie tradition et innovation. Tradition car nous avons eu à cœur dès le début d’internaliser le savoir-faire métier : au-delà de notre studio de création, nous avons nos propres modélistes, notre atelier de prototypage avec nos couturières et nous sourçons nous-mêmes tous les tissus. Rares sont les marques de prêt-à-porter à avoir gardé cela en interne, la plupart délocalisent leur savoir-faire auprès de leurs sous-traitants, les usines. La création est vraiment au cœur de la stratégie d’Envie de Fraise. Innovation car nous sommes très data-driven et avons construit une compétence particulière dans ce secteur très particulier de la maternité sur une cible très fugace que l’on ne peut fidéliser ! Aujourd’hui, le plus difficile est de recruter car nous trouvons très peu de personnes formées à ces nouveaux métiers : e-merchandisers, UX manager, data-scientists, modélistes numériques etc. Donc nous les formons ! Nous embauchons 3/4 des jeunes qui ont été en stage ou en contrat d’apprentissage. Nous leur apportons une vraie expertise. Je suis très fière de cela.

 

Qu’est-ce que vous préférez aujourd’hui dans votre travail ?J’ai une chance inouïe de me lever tous les matins pour rejoindre une équipe que j’adore, avec des gens que j’ai choisis. Ce que je préfère dans mon métier, c’est réveiller le désir, la passion chez les gens. J’adore travailler avec mon équipe, à coté d’eux. Je suis d’ailleurs très peu à mon bureau. Il n’y a pas une journée qui se ressemble, je ne m’ennuie jamais ! Je passe un tiers de mon temps dans l’atelier, entourée de mes modélistes et couturières. Je les adore. C’est un moment privilégié car c’est là que tout se créé, tout se décide, en équipe : une coupe, l’amélioration d’un patronage, la qualité d’un tissu, le prochain imprimé, le détail d’une surpiqure, d’un colletage. J’ai beaucoup d’admiration pour leur travail. C’est moi qui fais les premiers essayages de tous les modèles, avec mon faux ventre. On rit beaucoup !

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Vous êtes également mère de famille, comment est-ce que vous arrivez à gérer ? J’ai un super mari, c’est ça le secret ! Il m’a toujours soutenu, il a cru en moi et il assure vraiment avec les enfants. Par ailleurs, la clé est de savoir déléguer. Mes enfants sont ma priorité absolue donc je n’ai pas le choix. Je passe beaucoup de temps avec eux donc je délègue beaucoup mais cela n’a pas toujours été le cas car j’avais beaucoup de mal à lâcher les 3-4 premières années. Puis quand mes jumeaux sont nés, je n’ai vraiment pas eu le choix ! Cela a été très salvateur pour tout le monde, je me suis rendue compte qu’il y avait des personnes qui ne demandaient que ça, de grandir et d’avoir des responsabilités. L’autre clé c’est l’équilibre, avoir d’autres passions permet de ne pas se laisser engloutir par sa boite. Moi, c’est le sport et la musique. Pour rien au monde je ne raterai mes séances hebdo de running avec mes amies ou mes répétitions mensuelles de chant avec mon groupe. Cela libère et renforce mon énergie positive ! Côté garde, nous avons opté pour des jeunes hommes au pair depuis la naissance d’Oscar et on adore ! Il se crée une vraie relation, quasi fraternelle parfois, c’est très enrichissant pour tout le monde.

 

Comment vivez-vous les échecs ou les difficultés ? Quels sont les critères du succès ? Je crois beaucoup à la résilience, ou « l’art de naviguer dans les torrents ». Ce sont les contraintes qui nous ont forcé à penser et à faire différemment. La fugacité de notre cible (la femme enceinte, ndr, soit une période de neuf mois seulement) aussi est très challenging. On ne se serait pas posé la question de créer notre marque sur Internet ou de fabriquer en France si nous n’avions pas eu de contraintes. On s’est demandé « Comment on peut faire différemment ? Comment on pense différemment ? ». Je pense que la contrainte créée l’innovation. Quant aux échecs, nous en avons connu plusieurs depuis la création mais nous avons toujours réagi très vite. C’est l’avantage d’être une boite agile, c’est que l’on peut tester des choses et les arrêter vite quand elles ne marchent pas. C’est beaucoup plus compliqué pour une boite lente. Chez Envie de Fraise nous sommes en permanence dans une philosophie de test and learn. Nous testons, nous échouons parfois puis nous réussissons.

 

Quelle est votre définition de la réussite et du bonheur ? Réussir sa vie c’est réussir à rendre les gens heureux. Pour moi, ma réussite, ce sont mes enfants. Si je dois avoir une réussite, c’est de savoir que mes enfants sont heureux, qu’ils s’épanouissent. Il n’y a rien de plus important que ça. La réussite d’Envie de Fraise, c’est à la fois l’équipe et nos clientes. Aujourd’hui, nous nourrissons de grandes ambitions pour les cinq prochaines années. « Le chemin est difficile mais nous le parcourons avec joie » : c’est la quête qui est épanouissante, pas la réussite ! Depuis 10 ans, ce sont toutes mes petites réussites du quotidien qui m’ont donné confiance et m’ont ôté tous mes freins psychologiques. Aujourd’hui, je vois loin parce que je n’ai plus de freins.

 

Quels sont vos projets justement pour Envie de Fraise ? J’ai le rêve d’habiller toutes les femmes enceintes dans le monde ! (sourire) La première fois que j’ai vu une femme enceinte dans la rue porter une de mes créations, j’ai eu envie d’habiller toutes les autres ! Mon projet est de faire d’Envie de Fraise une marque internationale. Nous sommes présents aujourd’hui en Espagne, Italie, Allemagne mais aussi en Russie et aux USA au travers de grands partenariats avec des acteurs locaux dominants. Nous venons de réaliser une collection exclusive pour A Pea in the Pod. L’international, c’est notre grand challenge des prochaines années, c’est très excitant et, au bout de 10 ans, j’ai le sentiment que l’aventure ne fait que commencer !

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Avez-vous un conseil à donner ? Il y a une phrase que j’aime beaucoup qui dit : « Rien ne sert de briller, si on n’éclaire personne ». Si on réussit seul sans emmener des gens avec nous, on est pauvre. Ou encore « le seul combat perdu d’avance est celui auquel on renonce ». Qu’est-ce que vous attendez pour vous lancer ?

 

Quelles sont les personnes qui vous ont inspirées ?  Mes enfants sont ma première source d’inspiration. Ce sont mes super héros. Ils sont courageux, drôles, pleins d’énergie, ils se battent [ Anne-Laure Constanza fait référence à son fils aîné atteint du syndrome de Dejerine-Sottas et son deuxième fils qui est autiste ]. Ma grand-mère, qui est à la fois traditionnelle et très moderne, m’inspire beaucoup aussi. Je suis aussi très inspirée par les athlètes de haut-niveau pour leurs valeurs collectives fortes, leur concentration sur les objectifs, le dépassement de soi. Le Raid Amazones auquel je participe chaque année me permet de rencontrer des femmes exceptionnelles. Je me nourris des personnes que je rencontre et qui ne me ressemblent pas. Je trouve que l’on s’enrichit énormément de la différence.

 

Avez-vous des regrets par rapport à des choix que vous avez faits ? Il y a une seule chose que je regrette : c’est d’avoir créé Envie de Fraise seule. Je ne récréerai plus jamais une société seule. Même si je suis aujourd’hui très entourée, j’ai une super équipe, j’aurai adoré partager cette aventure dès le départ avec quelqu’un. Sinon, je ne regrette rien. Je n’aime pas regarder derrière moi en général !

 

Parlez-nous de vos starts-ups « coup de cœur » en ce moment ?  Il y a une entreprise que j’adore. Elle s’appelle Matahi. C’est une marque de boissons énergisantes à base de baobab, avec des valeurs eco-responsables fortes. Ils font travailler des familles entières en Afrique. Ils ont vraiment su créer toute une gamme de produits et de boissons à base de baobab. C’est devenu ma boisson préférée (qui a remplacé le Coca Zéro !) et les fondateurs sont géniaux. Ce sont des ingénieurs agronomes visionnaires. L’autre start-up, c’est Wandercraft. Leur mission : faire marcher des personnes en situation de handicap grâce à leur exosquelette. C’est une boite absolument révolutionnaire. Ils sont soutenus par la BPI et ont gagné de nombreux prix. Leur baseline : ordinary life for extraordinary people. Ils vont changer le monde !

 

D’ailleurs comment définiriez vous une « start-up » ? Est-ce qu’Envie de Fraise en est encore une aujourd’hui ? Maintenant, on n’a plus le chiffre d’affaire d’une start-up mais on est reste une start-up dans l’esprit ! L’esprit, c’est voir grand et loin tout en restant humble. Le diptyque « Ambition / Humilité » est une de nos valeurs fortes chez Envie de Fraise.

 

 

Retrouvez l’histoire de Anne-Laure Constanza par Perrine Bonafos
dans le Volume 2 des Confettis, à télécharger gratuitement.

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