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Ghada Hatem, fondatrice de La Maison des Femmes

Talents | , 12/04/21 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

Ghada Hatem, gynécologue-obstétricienne protège l’intégrité physique et psychique des femmes depuis ses débuts, elle est aujourd’hui à la tête d’une structure remarquable : La Maison des femmes.

Ghada Hatem, fondatrice de La Maison des Femmes

Dr Hatem, vous êtes gynécologue-obstétricienne et également la fondatrice de La Maison de femmes. C’est un lieu unique qui prend pleinement en charge les femmes. Qu’est-ce qui vous a poussé à imaginer et à vous investir dans ce lieu ? Ce besoin d’aider les autres a-t-il toujours été présent chez vous ?

Quand on est médecin, on est habité par le besoin d’aider les autres. Avant que je me spécialise dans la gynécologie, je ne me destinais pas à aider particulièrement les femmes, puis une fois que vous êtes gynécologue, vous prenez en charge principalement des femmes, des mères, des enfants. Petit à petit, vous prenez du recul avec cette approche un peu traditionnelle de la médecine et vous commencez à aller plus loin, à aller à la rencontre de la femme que vous avez en face de vous. Vous voulez comprendre son histoire, son parcours. Vous vous apercevez alors que ce qu’elle a vécu impacte toutes ses interactions ainsi que sa manière de ressentir, sa grossesse y compris. Une femme ayant subi beaucoup de traumatismes peut avoir un parcours de grossesse difficile. Alors au fil du temps, j’ai commencé à vouloir d’un lieu qui accueille ma démarche, qui fasse un peu plus que de la gynécologie. Il n’existe finalement que peu de lieux dédiés au frottis, au dépistage du cancer et à la prévention des femmes fragilisées par leurs parcours de vie. Il me semblait important de créer un espace qui affichait clairement cette volonté.

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Au cœur de La Maison des femmes, par quels moyens accompagnez-vous les femmes dans leur reconstruction ? Quelles sont les étapes d’une reconstruction réussie ?

C’est très ambitieux de parler de reconstruction réussie, on peut déjà parler d’accompagnement et c’est bien ! Je pense que la première chose qui fait du bien à une femme, c’est la libération de sa parole. Il y a beaucoup de femmes qui n’ont jamais parlé. Quand on accueille une femme et qu’on lui dit que sa parole est tout à fait légitime, intéressante et pertinente pour nous en notre qualité de soigneurs car cela va nous permettre de l’aider, c’est une première étape du soin, le plus essentiel. Après, chaque femme est différente et nous nous adaptons à chacune. Nous sommes dans une démarche de compréhension, nous nous interrogeons : « Cette femme est-elle à un moment de sa vie où elle se sent prête pour porter plainte ? », « Est-elle dans une période où le traumatisme est encore trop intense pour imaginer la plainte ? » Il y a parfois des femmes qui pensaient aller bien, qui étaient en couple avec un nouveau conjoint qui s’avère être brutal et d’un coup, des choses émergent. Alors, elles fondent dans une soudaine détresse. De la même manière, certaines femmes font face à des situations dans leur parcours de vie qui leur rappellent une agression sexuelle subie durant l’enfance. À ce moment-là, le psycho traumatisme est la première chose que le corps soignant doit gérer. Il y a aussi des situations où les femmes n’ont pas les moyens de se libérer de l’emprise de leur mari abusif car c’est lui qui a les papiers, c’est lui qui a les allocations… donc nous les orientons vers la juriste. L’avantage de La Maison des femmes est cette polyvalence de soutiens accessibles sur place. Nous dirigeons les femmes vers nos kinés, ostéopathes, groupes de parole, psychologues, cours de sport de combat et petit à petit, elles s’orientent elles-mêmes vers ce qui leur fait du bien. Elles retrouvent une certaine estime et confiance qui leur permettra, peut-être, un jour, de porter plainte, de partir de chez elles, etc.

 

C’est un chemin qui doit demander du temps…

C’est très long, oui. Il y a parfois des allers-retours. Pour certaines femmes, le parcours a été complet. Une femme qui a réussi à partir, à retrouver du boulot, à être heureuse dans cette indépendance ne viendra plus si souvent pour finalement ne plus venir du tout. Et c’est tant mieux car notre objectif est d’accompagner les femmes sans les rendre complètement dépendantes de nous.

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Pouvez-vous nous parler de votre quotidien ? Comment s’articulent vos journées ?

Je dirais que je fais un tiers de médecine, un tiers de communication et un tiers de levées de fonds. Et finalement, ce qu’il y a de merveilleux dans ce projet, c’est que la communication autour de l’établissement a permis à de nombreuses personnes de nous découvrir, de nous soutenir de diverses manières et donc de créer un réel maillage social autour et dans La Maison des femmes.

 

Comment trouvez-vous votre équilibre personnel ?

Le problème de ces projets novateurs, uniques en leur genre c’est justement qu’il n’y a aucun moyen de se référer à un exemple qui nous ferait gagner du temps. Là, il faut tout inventer, tout bâtir. Viennent également les moments de rectification car il faut sans cesse ajuster nos fonctionnements pour les améliorer. On ne peut donc pas vraiment s’arrêter avant d’avoir tout bordé, c’est ça le souci (rires). Mais un jour, on y arrivera. L’établissement sera complètement financé par l’État et stabilisé dans ses « process ».

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Vous devez faire face à des situations très compliquées psychologiquement et physiquement, où puisez-vous votre force et votre courage au quotidien ?

Vous savez, c’est surtout pour les patientes que c’est dur. Nous les entendons, nous les écoutons, mais elles le vivent. Effectivement, ça peut être pesant mais, au-delà de leurs récits, c’est surtout notre impuissance face à leur détresse qui nous pèse. Héberger en urgence une femme qui ne peut plus vivre chez elle est une chose très compliquée et ce genre de situation nous confronte à notre propre échec. C’est ce qui est le plus compliqué à accepter.

 

Vous devez avoir été marquée par tant de rencontres. Quels sont les mots des femmes victimes de violences qui reviennent le plus fréquemment ? Contre quoi faut-il se battre en priorité ?

Je crois que la première chose sur laquelle il faut travailler, c’est l’estime de soi. La violence rencontrée dans une vie dévalorise et fragilise la confiance. Un bon accompagnement psychologique peut faire des miracles mais il faut comprendre qu’une femme humiliée, violée ou violentée est susceptible de se sentir coupable et indigne. Elle aura même tendance à se dire : « Comment j’aurais pu éviter ça ? » Alors qu’il faudrait qu’elle se dise « J’ai rencontré un sale con. » Il faut travailler sur ce qui a été abimé chez ces femmes.

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Entre la parole des femmes qui se libère, la création d’établissements comme La Maison des femmes, est-on sur la bonne voie selon vous en ce qui concerne l’égalité homme / femme et la reconnaissance des droits des femmes ? Êtes-vous optimiste ?

Oui, je suis optimiste. Je pense que l’on va vers des lendemains moins sombres. Le mensonge et l’hypocrisie seront de moins en moins tolérés car justement les femmes prennent conscience de leur valeur et de leur importance. Et il en va de même pour toutes les personnes vulnérables, personnes âgées, handicapées, etc. Pour autant, il reste énormément de souffrance. De nombreux enfants sont encore élevés dans la violence et dans certains pays, les femmes sont considérées comme la moitié d’un homme.

 

Votre enfance au Liban a-t-elle forgé votre engagement féministe ?

Nous sommes tous la somme de nos expériences. Le Liban est un pays qui a évolué dans la violence et mon adolescence a été marquée par cette violence. Et puis, le Liban est un pays d’Orient. En Orient, les femmes ont encore des choses à gagner, plus qu’en Occident. Je pense que d’avoir été dans un lycée français avec des valeurs de laïcité m’a également aidé à prendre du recul face à la situation des femmes dans ce pays.

 

Qu’est-ce qui vous rend le plus heureuse et le plus fière aujourd’hui ?

Plein de choses ! Je suis la plus heureuse de savoir que mes enfants vont bien et qu’ils construisent leur vie. Savoir que mes garçons sont de meilleurs ménagers que ma fille, ça me rend très heureuse (rires). Professionnellement, toutes nos petites victoires me font du bien. Et les rencontres également sont une grande source de joie. Je pense aux filles de Band of Sisters qui aident La Maison des femmes en organisant cette soirée de gala de charité le 28 avril. C’est incroyable, ça me remplit de joie.

 

Et demain ?

Pour demain, je souhaite que la Maison s’agrandisse. Nous devons démarrer des travaux afin de pousser les murs et j’ai hâte qu’ils commencent. J’aimerais également que l’organisation de la Maison se soit stabilisée afin de pouvoir partir en paix (sourires).

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview de  Ghada Hatem
par Perrine Bonafos dans le Volume 8 des Confettis, disponible sur notre boutique.

 

Photos ©Lucie Sassiat

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