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Lamia Magliuli, fondatrice de la Slow Galerie

Talents | , 25/01/21 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

Depuis 7 ans, la Slow Galerie de Lamia Magliuli colore le 11ème arrondissement parisien. En ce lieu dédié à l'illustration, près de 2000 références cohabitent et éblouissent. Rencontre.

Lamia Magliuli, fondatrice de la Slow Galerie

Lamia, cela fait sept ans maintenant que vous avez ouvert la Slow Galerie, un lieu d’expositions dédié aux illustrateurs/trices et situé dans le 11ème arrondissement parisien. Quel regard portez-vous sur ces 7 années ?
Ce sont des années fantastiques, riches en rencontres, en expositions, en illustrations, en évènements. Je me suis lancée dans cette aventure sans savoir à quoi m’attendre et je ne pensais pas qu’une galerie apporterait autant d’intensité de vie. Ne serait-ce que par sa situation tout près de la Place de la République, qui met la galerie aux premières loges des évènements, nous sommes quasiment tout le temps sur le parcours des manifestations et le flux transite parfois par la galerie, cela induit forcément des échanges sur notre société, nos modes de vie, et de fait la galerie compte beaucoup d’artistes engagés sur des sujets sociétaux, pour le droit des femmes, des personnes trans, pour le vivre ensemble en général, Maïc Batman, les Cachete Jack, Alice Des, Adrià Fruitos, Dugudus, Vanessa Vérillon…

 

Ce sont 7 années trépidantes, qui se suivent sans jamais se ressembler. 2020 a été pour beaucoup de monde un défi à relever, on verra ce qu’on nous réserve 2021. Mais restons positifs, il y a un engouement croissant pour l’illustration et un nombre grandissant d’illustrateurs géniaux, de grand talent, parfois tout juste sortis d’école et déjà brillants. Cette tendance nous réserve encore sans doute beaucoup d’heureuses perspectives.

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Qu’avez-vous appris au fil de ces années ?
J’ai appris que nous avons encore plus besoin de l’art quand les temps sont durs. Nous avons traversé des épisodes pénibles, les attentats tout près dans le quartier (Charlie, l’année d’après Le Bataclan, …), les longues périodes de confinement et de fermeture… et à chaque fois, nous avons été soutenus par le public qui nous a encouragé, témoignant de l’importance cruciale du « non-essentiel », de l’art et de la culture en général dans ces périodes de crise. L’art est un vecteur de communication terriblement efficace pour défendre des idées, et l’art apaise aussi, cautérise les plaies.

 

Comment le lieu a-t-il évolué durant au fil du temps ?
Nous avons ouvert avec un noyau d’une dizaine d’artistes et au fil des ans, ce noyau s’est agrandi. Nous nous connaissons tous bien, et il y a, je pense, un rapport de confiance entre nous qui est très important, c’est un peu comme une famille. Aussi, je travaille désormais avec Clémence et Camille qui ont rejoint la galerie, car le travail et l’organisation s’intensifient, le fond d’œuvres s’étoffe de plus en plus, nous organisons une exposition par mois, solo ou collective, avec nos artistes, et nous avons ouvert un atelier d’impression à l’étage de la galerie, pour éditer les œuvres confiées par nos artistes.

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Pour animer la galerie, vous faites un incroyable travail de curation. Comment découvrez-vous et sélectionnez-vous les illustrations en vente/exposition ?
Merci beaucoup pour le compliment. Nous recevons beaucoup de dossiers par mails, mais c’est surtout via Instagram que nous repérons les artistes. Peu importe leur pédigrée, autodidacte ou sortis d’écoles prestigieuses, il faut que la technique soit parfaite et l’inspiration juste et sincère. Et c’est vrai que j’ai un goût particulier pour la fantaisie, l’irrévérence, l’engagement, mais aussi une forme de poésie narrative qui place le spectateur au sein du histoire, ou d’un moment qui est en train de se dérouler, comme si l’on montait dans un train en marche. Il y a aussi des magazines comme ERRRATUM, ETAPES, KIBLIND qui mettent en avant l’illustration française et étrangère, et qui sont des références pour dénicher des pépites.

 

Depuis 2019, la Slow Galerie accueille également une nouvelle dimension, celle d’agence d’illustrateurs/trices. Comment s’articule votre travail au sein de cette agence ? De quelle manière complète-t-il les aspirations de la galerie ?
La galerie sert de vitrine à tous les artistes qui font de l’illustration parce qu’ils y sont souvent repérés pour des travaux de commande, alors la galerie et l’agence fonctionnent en vase communiquant et cela a semblé naturel d’accompagner pour leurs travaux de commande une sélection d’artistes de la galerie qui n’étaient pas encore en agence. Nous mettons en avant les artistes par la galerie et nous les faisons travailler par l’agence. Et parfois nous rebouclons la boucle quand des travaux de commande sont si beaux, qu’ils finissent exposés à la galerie !

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Quelles sont les rencontres qui vous ont le plus marqué au fil des années ?
Je ne vais pas citer d’artistes parce qu’il y aurait un parti pris qui serait injuste pour les autres, et aussi parce que chaque artiste est une rencontre, on plonge dans son univers, sa technique, sa sensibilité, ses doutes…., Quand on organise une exposition ensemble par exemple, on vit un peu ensemble, et on apprend à encore mieux se connaitre, on en ressort souvent avec des liens renforcés. Je vais détourner un peu la question en répondant avec des souvenirs de clients, parce que finalement la galerie est aussi un lieu de vies et d’échange, presque comme un café, les gens passent, reviennent, et parlent un peu de leur vie, on rencontre des professeurs d’art, des personnes qui travaillent dans des théâtres, des décorateurs de films, cela nous met en contact avec des personnes très différentes et très intéressantes. Et puis il y aussi les stars de passage, Dominique A qui a fait ses emplettes et qui a aimé notre playlist, ce qui est quand même le summum de la fierté, Jake Gyllenhaal est venu acheter des gravures de Caroline Bouyer et des tirages de Lili Wood, nous avons discuté art ensemble, je n’aurais jamais pensé discuter le bout de gras avec Jake. Récemment Pénélope Bagieu est venue aussi, je suis très admiratrice de son travail, alors forcément, cela nous fait super plaisir.

 

Avant cette vie, vous étiez ingénieure dans les technologies de l’information. Pourquoi ressentez-vous un attachement si fort à l’illustration et à ceux qui la font vivre ? Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
Je suis devenue ingénieure parce que c’était la voie de la facilité, dans le sens où c’était la suite logique de mes études. J’ai beaucoup aimé mon métier (surtout parce qu’il m’a fait voyager). Mais j’aime beaucoup de choses dans la vie, et les images m’accompagnent depuis petite, j’aime visiter les musées et les expositions, toute période d’art et toute forme d’art confondues. Je pense qu’on a tous un lien particulier, un lien singulier avec les images : celles qu’on a chez soi et qu’on a choisi de voir tous les jours, elles font partie de notre vie, nous accompagnent. On échange presqu’ensemble, elles nous font rêver, nous remontent le moral, nous soutiennent… Pour moi l’illustration relève de l’art thérapie.

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Votre sélection au sein de la galerie est invariablement très colorée. Que représente la couleur pour vous ?
La couleur pour moi est une lecture à part entière. Le Noir et Blanc est très beau et très graphique, mais en couleurs, le dessin prend vie. Le passage en couleurs se fait parfois dans la douleur, c’est un travail qui est délicat et difficile, il peut-être également être intuitif et spontané. Pour d’autres artistes, on sent que la couleur s’échappe, s’exprime, exulte, comme dans les dessins de Pierre-Emmanuel Lyet, Beya Rebaï, Edith Carron, Marc Majewski, Jessica das, Laura Junger… Il y a une intention supplémentaire de l’artiste dans un dessin en couleurs : le choix de la palette peut rendre un dessin solaire ou mélancolique, c’est fascinant.

 

Le terme « slow » n’est-il pas une façon d’aller à contre-courant d’une société trop souvent dans l’urgence. On ne peut pas contempler la richesse d’une illustration si on ne prend pas le temps…
Tout à fait ! L’idée est de prendre le temps de vagabonder dans un espace à l’écart du rythme effréné de nos vies. Déjà, il faut prendre de temps de fouiller parmi les presque 2000 dessins exposés. Ce temps que l’on s’accorde à ne rien faire d’autre qu’observer et regarder est crucial pour notre santé mentale. « Passer un moment tranquille face à une œuvre quelle qu’elle soit est bon pour la sérénité et l’ouverture d’esprit », pour citer l’autrice Delphine Le Lay. Parfois, les gens passent une heure à chercher, à chiner, et repartent les mains vides, et puis un jour ils reviennent en nous disant qu’une image les avait finalement « attrapés » et qu’ils venaient la chercher, comme s’il y avait eu une rencontre…

 

Aussi, un des meilleurs souvenirs de la vie de la galerie est cette exposition collective de « SLOWS illustrés » pour fêter nos 2 ans : nous avions créé une playlist de 50 slows,  « le cœur grenadine » de Voulzy, « Purple Rain » de Prince, « Forever Young » d’Alphaville… Et chaque artiste choisissait son slow à dessiner. Ces slows illustrés étaient imprimés en 10 exemplaires. A chaque fois qu’un client achetait un slow, nous passions le titre dans la galerie pendant que nous préparions le paquet. Quand c’était un couple qui achetait le slow, systématiquement, il se mettait à danser, comme ça, devant la caisse. Pour un slow particulièrement long, le couple a continué à danser joue contre joue, tout le long du morceau, sans se détacher. Il y avait des gens qui attendaient derrière mais personne n’a rien osé dire, on a attendu la fin du morceau, on ne s’appelle pas la SLOW Galerie pour rien 😊

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Quels sont vos plus gros challenges et vos envies aujourd’hui ?
Durer est déjà en soi un challenge de tous les jours car rien n’est jamais acquis. Une envie toute simple serait de reprendre les vernissages en 2021. Les vernissages sont un moment précieux où les artistes rencontrent leur public, parlent de leur travail, de leur technique, de leur inspiration, et c’est aussi le moment où les artistes se rencontrent entre eux, échangent sur leur quotidien, leurs soucis, leurs projets ; parce que c’est un métier finalement où l’on travaille de façon assez isolée, alors ces moments de partage manquent beaucoup en ce moment. Pourvu que nous puissions nous retrouver à nouveau l’année prochaine.

 

Et à plus long terme, nous aimerions organiser un Festival d’illustrations à Paris. On en parle depuis quelques temps avec les collègues agents d’illustrateurs. L’évènement rassemblerait les Éditeurs, les Artistes, les Galeries, les Agences d’illustration… bref tous les acteurs de cette discipline, et qui s’agrémenterait d’évènements transversaux comme des concerts, des expositions, des banquets… Nous aimerions que ce soit une vraie fête !

 

Slow Galerie
5 Rue Jean-Pierre Timbaud 75011 Paris
www.slowgalerie.com

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