Rencontres

Late blooming ou la rencontre de soi au fil du temps

Tout n’est pas écrit à l’avance ! Hasard ou destin, la vie est peuplée de rencontres inattendues qui bousculent les cartes pour que s'expriment avec magie, audace et créativité.

Le 17 janvier 2022

Peut-on profiter de l’été sans avoir vécu le printemps ? Sentir le parfum des fleurs épanouies sans avoir fait germer de graines de sens ? Parfois la vie ne nous laisse pas le temps de répondre et mène la danse. A 40, 50, 60 ans des âmes en mal éclosion se révèlent, comme une renaissance.

 

Faire du temps son allié

Le « Late blooming » est un phénomène récemment mis en lumière par Catherine Taret, auteur du livre Il n’est jamais trop tard pour éclore. En français, « Floraison tardive », le Late blooming met des mots sur cette volonté de sens et d’épanouissement que ressentent certains. Dans une société où l’on veut tout en un click, où l’on collecte ses courses au drive, où l’on recrute des « juniors avec minimum 6 ans d’expérience hors stage et alternance », le Late blooming rappelle qu’il est salvateur de prendre son temps pour se révéler car finalement après l’heure c’est encore l’heure d’être vraiment soi. Le bonheur reste un cheminement qui prend souvent du temps.

 

Dans notre besoin irrationnel de compétitivité, il est parfois frustrant de voir ses confrères et consœurs éclore avant soi. Comme le concède Catherine Taret : « Il est certain que, quand on fleurit tardivement, on peut mal le vivre. Dans mon livre je cite ce moment où je lisais un polar d’un auteur que j’aime beaucoup, Louise Penny. Le livre s’appelle « The cruellest month » et j’apprends au milieu du livre qu’il s’agit d’avril, un mois cruel pour les fleurs qui ne fleurissent pas (c’est une expression issue d’un poème de TS Elliot). Oui ça peut paraître cruel, frustrant, culpabilisant de voir les autres fleurir autour de soi, tandis qu’on reste en rade, sur place. » 

 

Cependant contrairement à ce que l’on croit le temps ne se perd pas et chaque expérience nous permet de créer « un patrimoine » qui participe à notre quête de sens. Chacun doit trouver son propre rythme et se sentir le droit d’être la tortue plutôt que le lièvre. En effet, on m’a dit une fois « tout nous construit. Notre vécu, notre expérience, et même pour certains dont je fais partie, les étoiles sous lesquelles on est né, sont comme un patrimoine unique. Un patrimoine qui n’est d’ailleurs pas toujours facile à assumer, avec des expériences douloureuses. Je pense qu’au fur et à mesure, on comprend où sont nos forces, nos limites, nos désirs et surtout nos ressources, elles sont en effet dans ce patrimoine » livre Catherine.

 

Le temps guérit les mots, apportent les mots et les réponses. Il peut être intéressante de le laisser faire sans pour autant attendre : « Dans mon expérience, ce n’est pas tant l’idée d’attendre son heure de gloire, que de sentir qu’on a enfin trouvé ce qu’on cherche, que ce soit l’amour, la reconnaissance, le succès, la paix, la sérénité, la fortune, la santé, etc. J’aime évoquer une expression de la langue des oiseaux, utilisée autrefois par les alchimistes, qui jouent avec les mots et leurs sonorités – la magie, c’est quand l’âme agit … le moment où l’on se sent en phase avec soi-même ! » S’enthousiasme Catherine.

Une graine que l’on arrose 

Mais éclore, c’est dangereux. C’est prendre le risque de laisser ses pétales à la merci des intempéries et des prédateurs jaloux. Pourtant c’est bien en sortant de sa zone de « faux » confort que l’on redécouvre à quel point notre sève est vigoureuse. Comment sauter le pas et enfin devenir cette rose flamboyante et pleine de piquant ?

 

Catherine répond : « Quand on a la cinquantaine et qu’on se voit asséner à longueur d’entretiens qu’on a trop d’expérience sur son CV ou soi-disant trop d’années au compteur, pas simple d’être philosophe… Je recommande à tous le livre « Mindset » de l’américaine, Carol Dweck. Il parle de l’importance de l’état d’esprit dans la réussite et notamment de l’importance d’assouplir son état d’esprit. Moi je me suis rendue compte que j’avais un état d’esprit « figé » à une époque, je me définissais d’une certaine façon (bonnes études, grande entreprise, carrière classique) et j’ai dû me bousculer un peu pour évoluer et adopter un état d’esprit « souple », comme un chewing gum, pour être capable de devenir freelance et d’accepter toutes les missions qu’on me proposait, même si je ne savais pas faire, en me disant, je peux y arriver, il n’y a pas de raison. Pareil dans la vie personnelle, être capable de s’ouvrir à des personnes différentes, dont on ne pensait pas qu’on allait coller – bim parfois non seulement ça colle, mais ça nous fait même carrément décoller ! »

 

Ainsi il est important de revoir la connotation négative que revêt « l’erreur ». Souvent les erreurs sont de nouveaux départs plutôt que des sad ending. Dans son livre Catherine s’intéresse à la manière qu’ont les Chinois de considérer les crises comme une opportunité, comme une chance de vivre un nouveau printemps. Si certains ont besoin de s’administrer une certaine révolution pour repartir de zéro, d’autres n’ont besoin que d’heureux accidents, de rencontres, de hobbys pour que leur jardin intérieur fleurisse de nouveau.

Contemplez ses bourgeons et soigner ses nouvelles pouces

Les maîtres mots derrière le Late blooming sont l’espoir et la confiance en la vie dans ce qu’elle a de magnétique.

 

Pour un jardin intime verdoyant, il faut laisser de la liberté à ses idées et ne pas cultiver une estime de soi trop exigeante. Il est bon d’admirer le chemin parcouru et celui qui reste à parcourir comme de nouvelles terres sur lesquelles poser le pied. « Je pense que ça aide quand même d’être persuadé qu’on a quelque chose à réaliser pendant notre vie, que ce soit un projet, une famille, un objectif. Mais ce n’est pas indispensable. J’aime bien l’idée de contribution par exemple, penser qu’on est là pour contribuer à quelque chose. C’est le sens de la citation de Marianne Williamson, qui a été reprise par Nelson Mandela dans son discours, « notre peur la plus profonde n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur, c’est que nous sommes puissants au-delà de toute limite » et donc de s’autoriser à « briller », à se réaliser, s’accomplir » raconte Catherine.

 

Pour que le changement soit effectif et salutaire, nous devons libérer une énergie positive et instiguer la nouveauté bien qu’elle puisse faire peur. Pour délivrer cette « aura » il faut parfois se délivrer de certaines racines trop lourdes comme le décrit Catherine : « il y a aussi parfois des messages moins positifs, des dictons, des croyances, dont on peut se séparer. Moi j’appelle ça les « Pensées Recyclées », l’idée de prendre une idée noire et de la transformer en quelque chose de plus positif. Au lieu de penser que « toutes les bonnes choses ont une fin », on recycle ça en « toutes les bonnes choses ont un début ». Et ça va beaucoup mieux, non ? ». 

 

Le Late blooming est moins une histoire d’âge que de la nécessité de se sentir à sa place et unique dans une pépinière de talents. A l’image de la permaculture, le Late blooming valorise l’épanouissement libre en accord avec le cycle de vie de chacun. Un appel à être heureux ensemble en dépit des conventions et des saisons.

 

www.catherinetaret.com

Portrait © Claude Gassian pour Flammarion