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Valentine Colasante, à la rencontre de sa vocation

Rencontres | , 29/11/21 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

Tout n’est pas écrit à l’avance ! Hasard ou destin, la vie est peuplée de rencontres inattendues qui bousculent les cartes pour que s'expriment avec magie, audace et créativité.

Valentine Colasante, à la rencontre de sa vocation

Valentine Colasante, vous êtes Étoile du Ballet de l’Opéra de Paris. Pour vous, devenir danseuse, a-t-il toujours été une vocation ? 

Je viens d’une famille d’artistes, ce qui peut me laisser penser que l’on m’a un peu guidée dans mes choix. Mais pas du tout, c’est vraiment venu de moi-même. Ça a commencé toute petite. J’étais dans une crèche interparentale et une des mamans nous a amené dans un centre chorégraphique avec des danseurs qui bougeaient. J’avais très peu conscience de ce qu’étaient la danse et la musique à ce moment-là et ça m’a énormément plu. J’ai donc dit à ma maman que je voulais faire de la danse. Elle m’a dit que j’étais trop petite, que je devais attendre un peu mais qu’on ferait de l’éveil musical en attendant. Pour moi en tant qu’enfant de 4-5 ans, presque hyperactive, la danse a tout de suite répondu à un besoin. C’est devenu indispensable pour moi. Je me sentais bien quand j’y étais et quand je revenais. C’était une évidence. Cela a commencé comme un divertissement, je n’avais évidemment pas conscience à cet âge là que je voulais en faire mon métier. Mes parents aussi voyaient la danse de manière très légère. Ils étaient heureux que je m’épanouisse dans cette activité comme ils étaient heureux de voir mes frères et sœurs avoir d’autres aspirations. Nos parents ne nous ont rien imposé même si effectivement on a grandi en entendant notre père jouer du piano et en voyant notre mère donner des cours de danse. Peut-être que grâce à ça, la danse m’a paru moins abstraite. C’est à 7-8 ans que j’ai compris que je voulais vraiment évoluer dans l’art de la danse et au fil du temps, j’ai voulu poursuivre dans cette voie. Mon père m’a aidé mais ma mère était un peu réticente. Elle connaissait le métier et donc les difficultés, la rigueur des concours et l’esprit de compétition qui allaient avec. Elle tenait vraiment à me prévenir qu’il se pouvait que je doive sacrifier une partie de mon enfance et que je sois poussée à développer une maturité précoce. Elle avait peur pour moi. Mais j’aimais tellement ça, qu’elle n’a pas eu le choix (rires).

 

Quel regard portiez-vous sur vos amis et les autres petites filles, vous qui avez une vie complètement différente ? 

Il est vrai que j’ai eu une vie à part. J’avais école le matin, danse l’après-midi et j’avais cette détermination car je savais déjà ce que je voulais faire. J’ai l’impression que maintenant on décide de ce que l’on veut faire après le bac. Moi, je savais depuis mes 12-13 ans finalement. Je n’ai jamais vu la danse comme un sacrifice. J’ai eu conscience que je passais des heures dans un studio alors que les autres enfants de mon âge jouaient à la marelle mais je ne l’ai pas subi. Évidemment que c’est dur à vivre et que l’on grandit plus vite. Vous êtes loin de vos parents, vous n’avez pas le temps de faire de crise d’ado. Les professeurs ne sont pas tendres avec vous n’ont plus. La danse ce n’est pas comme le vélo, si on ne pratique pas, on recule. Si vous travaillez correctement, vous vous maintenez mais seulement en étant acharné vous avancez. Alors oui, ça peut paraître perturbant car on peut se demander si c’est véritablement un choix de notre part mais oui, c’était même une évidence. Si on n’est pas passionnée, on ne peut pas s’investir à cette échelle là. Il faut pouvoir endurer la pression, l’imperfection, l’insatisfaction, ce qui n’est pas possible sans conviction. C’est un art qui demande énormément de travail et de rigueur.

Vous avez été nommé « Étoile » à l’issue d’une représentation de Don Quichotte, en 2018. D’ailleurs pour cette représentation, on vous a annoncé trois jours avant que vous remplacerez la danseuse étoile !

C’est un ballet pour lequel, j’avais eu la chance de danser il y a trois ans au Japon. Je n’avais jamais encore eu la chance de le danser dans l’Opéra de Paris. À l’époque j’étais première danseuse, et quand on est première danseuse on est souvent appelé pour remplacer des étoiles. Je l’avais appris et je l’avais travaillé car je devais être prête à la remplacer quand même. Mais cela s’est fait au pied levé. La première chose que je me suis dit c’est « chouette ! » mais après, quand on essaye les costumes et qu’on commence à se préparer pour trois heures de spectacle là, la panique arrive. La première réaction c’est « Wahou, quelle opportunité ! » après vous avez un lapse de temps où vous vous demandez si vous en êtes capable et puis après, c’est la tête au travail durant trois jours. Il n’y a plus de place au doute. Je n’ai répété que deux fois avec mon partenaire avant le spectacle mais ce sont des challenges qui, une fois remportés, apportent fierté et satisfaction. Finalement la combinaison des pas du ballet n’est pas le plus compliqué, ce qu’il faut surtout gérer c’est la pression, le changement de costumes et de coiffures et les gens autour de vous. Mais on n’arrive pas là de suite, ça se fait petit à petit à force de gravir les échelons. Le titre d’étoile n’arrive pas comme ça d’un coup, ni par hasard.

 

Durant le spectacle vous avez ressenti quelque chose de magique, comme un instant de grâce et que tout fait sens ? 

Oui, j’ai senti que ma concentration était telle que je savais que rien ne pouvait m’arriver. Je ne me mettais pas la pression car je pouvais avoir le droit à l’erreur tant que j’arrivais à la maquiller. J’avais vraiment envie d’en profiter à 100%. Dès la première entrée, j’ai senti que ce serait un moment particulier. Au fur et à mesure, je me suis sentie tellement à l’aise et libérée de mes peurs que j’étais au maximum de mes capacités. Je ne me sentais pas de barrières. En plus j’ai eu la chance de danser avec le danseur étoile Karl Paquette qui faisait son dernier Don Quichotte ce jour-là et qui m’a vraiment pris sous son aile. C’est à deux le ballet, donc quand vous avez un partenaire solide comme un roc et qui vous porte plus toute la compagnie autour qui vous encourage, ça vous donne des ailes. Je m’en souviendrai toute ma vie.

Et qu’avez-vous ressentie à l’annonce de votre titre de danseuse étoile ? 

Quand vous vous entraînez depuis toute petite durant des heures et des heures, vous ne vous rendez pas compte si cette annonce est un rêve ou une réalité. Vous essayez d’en profiter mais vous avez l’impression que la temporalité n’est plus la même. Vous êtes dans une bulle de bien-être et la réalité semble altérée. Je me disais « C’est pas possible, je vais le réveiller ! ». C’est un torrent d’émotion assez incroyable, c’est un rêve de petite fille, de jeune adulte et de toute une vie qui se réalise. C’est une reconnaissance du travail fourni et des doutes que l’on a eus. C’est un métier de constante remise en question où le temps peut paraître long et le chemin difficile à parcourir. Il faut ne pas douter tout en doutant en permanence, voilà ce qui est complexe. Être nommée à 28 ans, c’est une chance car il me reste encore 15 ans devant moi avant la retraite. On peut donc considérer que j’ai été nommé jeune. Mais ce que je retiens de ce moment c’est que toutes mes grandes joies et mes grandes peines ont défilé en quelques secondes. Encore maintenant je savoure.

 

Comment se déroulent les journées d’une « Étoile » ?

Je prends mon cours le matin à l’Opéra Garnier, j’ai le choix entre le cours de 10h, celui de 11h ou celui de 11h30. C’est un éveil musculaire d’1h30 qui permet de recentrer le corps et le mental sur ce qui va les attendre durant la journée. C’est un peu ma thérapie. Lors des périodes de répétitions, on s’entraîne sur la plage horaire de 12h à 19h. Quand on est en spectacle, c’est plutôt 12h-16h avec le show le soir. Cela alterne entre trois semaines de spectacles et trois semaines de répétitions. Les journées sont bien chargées et ce n’est pas exceptionnel de danser le soir. Mais l’Opéra, c’est magique ! Cela peut vous paraître routinier comme rythme mais c’est à chaque fois différent pour moi. Je n’ai pas une journée qui se ressemble, vraiment.

 

À partir de maintenant tous mes rôles seront des premiers rôles ce qui est une énorme responsabilité et en même c’est ce pour quoi je travaille autant depuis que je suis toute petite. Ce titre est un nouveau commencement ainsi qu’une grande liberté car je vais avoir accès à des grands rôles dans lesquels je vais pouvoir m’exprimer personnellement avec mes émotions et envies. Je vais pouvoir être une artiste à part entière. C’est une grande responsabilité aussi car il faut être l’ambassadrice de la compagnie de l’Opéra de Paris et pour ça, je me dois d’être exemplaire dans mon comportement et mon travail.

Quelles sont les prochaines étapes à franchir ? En reste-t-il d’ailleurs ? 

Oui, bien sûr. Grandir en tant qu’artiste, réussir à s’exprimer encore plus en scène. C’est sans fin ! Ce titre est une opportunité pour moi de danser pour des rôles que je n’ai jamais fait auparavant, je pense notamment au Lac des Cygnes. Mais je ne dois jamais oublier de continuer de progresser. Vous n’êtes pas la même danseuse à 18 ans qu’à 30 ans. Le stress ne s’en va pas. On a toujours la boule au ventre avant de rentrer en scène. Mais à force de pratiquer, vous apprenez à mieux apprivoiser le stress et à vous exprimer plus librement en tirant le meilleur de votre adrénaline. L’expérience vous sert pour avancer. Il faut savoir montrer ses fragilités au public et prendre des risques tout en se sentant à l’aise. Il me reste encore du chemin à parcourir. Je crois que même quand on termine sa carrière à 42 ans et demi, on n’a toujours pas fini d’apprendre !

 

@valentine_colasante

Photos © Élodie Daguin pour Les Confettis

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