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Zéro déchet : Quand les femmes décident de sauver la planète

Démarches | , 16/08/21 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

Rencontre avec ces femmes qui s'engagent pour un quotidien zéro-déchet et ouvrir les yeux de leurs concitoyens à travers une consommation consciente.

Zéro déchet : Quand les femmes décident de sauver la planète

Des rayons de bocaux remplis de pois chiches, de pâtes et de café fraîchement torréfié. Des légumes verdoyants dépassant de sacs légers en tissu, baignés dans la lumière du soleil. Depuis trois ans, ces photos remplissent les comptes Instagram dédiés au mode de vie zéro déchet. Les utilisatrices y discutent des méthodes de rangement de Marie Kondo, des meilleures marques de mouchoirs en tissu et des chiffres qui les inquiètent. Un Français produit en effet 354 kg d’ordures ménagères chaque année. Une montagne de déchets que beaucoup n’arrivent plus à assumer. « Lorsque ma mère a déménagé de la grande maison familiale pour s’installer dans une maisonnette, nous avons dû faire le ménage dans vingt-cinq années d’accumulation d’objets », explique la blogueuse Mélanie Lily. « J’ai pris conscience de la surconsommation dans laquelle vivent les pays occidentaux. » Elle fait le tri et décide d’agir dans son petit studio parisien. Même son de cloche chez Camille Chaudron, organisatrice d’ateliers zéro déchet à Paris, qui a eu un véritable ras-le-bol en ouvrant un jour ses placards. « Je travaillais dans l’industrie agro-alimentaire et je voyais bien trop de packaging », se souvient-elle. « Un jour, je me suis rendue compte que mes placards ressemblaient à un rayon de supermarché. Ma maison était devenue un panneau publicitaire et j’ai voulu changer. » Aurélie Le Marec, animatrice de l’Atelier du Furoshiki à Nantes, s’exaspérait quant à elle de voir des montagnes d’emballages cadeaux finir à la poubelle à chaque Noël. Quand elle a découvert le furoshiki, un carré de tissu d’origine japonaise qui permet d’emballer des cadeaux et de porter des courses, elle s’est tout de suite sentie plus légère. Pour Marie Beckers, organisatrice d’ateliers et pour Julie, du blog Sortez tout vert, l’électrochoc est venu d’une réflexion sur la santé, sur la surconsommation de viande et les perturbateurs endocriniens.

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De nombreuses femmes ont accompagné cette prise de conscience d’une quête de sens et d’une remise en question professionnelle. Toutes ont été pionnières et ont lancé leur business « green » avant que des groupes industriels se penchent sur la question. C’est le cas de Laëtitia Van de Walle qui a eu l’idée de Lamazuna bien avant que les cosmétiques solides intéressent les grandes marques. « J’ai commencé par proposer des lingettes démaquillantes en 2010 », explique cette dernière. « On ne parlait pas encore de zéro déchet, je devais convaincre qu’il s’agissait d’un produit écologique et économique» Idem pour l’oriculi, un petit objet en bois qui permet de se nettoyer les oreilles, ou pour la cup menstruelle qu’elle est l’une des premières à fabriquer alors que les scandales sanitaires autour des tampons et des serviettes se multiplient. Fanny Abes et Claudette Lovencin ont elles-mêmes lancé une culotte menstruelle lavable. Un sondage mené auprès de plus de trois mille femmes leur a montré qu’un tiers d’entre elles se sentaient coupables des déchets qu’elles produisaient chaque mois en jetant serviettes et tampons à la poubelle. « Cette thématique n’était pourtant pas du tout abordée, encore jugée comme tabou », explique Fanny Abes. Avec une machine à coudre, des tissus en bambou et des tutoriels sur YouTube, elles créent un premier prototype pour offrir aux femmes une alternative très efficace aux protections jetables.

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Monia Sbouai, elle, s’est engagée sur le terrain d’une autre industrie parmi les plus polluantes de la planète : celle de la mode. Avant de fonder Super Marché, une marque qui fait de l’upcycling en utilisant des vêtements de seconde main pour en fabriquer de nouveaux, elle a travaillé pour des grandes marques. « J’étais de plus en plus sceptique à l’idée de fabriquer des collections sans cesse », analyse-t-elle. « J’essaie désormais de faire une boucle vertueuse, qui n’a pas d’impact négatif sur l’environnement» D’autres ont décidé de s’engager à travers l’organisation d’ateliers pratiques, à l’image de Marie Beckers qui, sous le pseudo Mademoiselle se met au Vert, propose des sessions zéro déchet à Amiens. « Un jour, mon petit garçon m’a dit que c’était super d’être zéro déchet à la maison, mais qu’il voyait bien que ses copains n’étaient pas dans la même démarche », s’amuse-t-elle. « Il m’a suggéré d’aller chez leurs mamans leur expliquer. Voilà comment sont nés mes ateliers ! » 

 

Les amatrices du zéro déchet s’engagent aussi sur les réseaux sociaux où elles s’échangent des astuces et s’encouragent. Une manière de dépoussiérer l’image de l’écolo hippie. « Les clichés ont la vie dure », admet Julie, qui tient le blog Sortez tout Vert. « On a besoin de “modèles” qui donnent un autre visage à l’écologie, plus fun et attirant. » Dans une société toujours prompte à encourager la surconsommation, il faut aussi se sentir soutenue. « Rien n’est fait dans la société pour ces modes de vie », ajoute Camille. « Il faut donc s’entourer de personnes qui nous motivent. » Elle pense surtout qu’il faut dépasser les réseaux sociaux pour ancrer sa pratique au sein de la ville en prenant soin de n’exclure personne. Camille a ainsi monté un groupe de pression pour que la mairie de son arrondissement applique le Plan climat de la ville de Paris. Aurélie, quant à elle, fait le tour des collèges, des centres commerciaux et des quartiers avec ses furoshiki pour démocratiser la pratique. « Je ne veux pas que cela soit vu comme une pratique réservée aux personnes aisées », estime-t-elle. « Le zéro déchet est accessible à tout le monde, pas seulement aux “hipsters” » affirme Marie Beckers. Cette dernière organise ainsi des ateliers autour du tawashi, une éponge qui se fabrique avec des vieux t-shirts. Quant aux furoshiki, Aurélie Le Marec explique qu’il suffit de fouiller dans les placards pour y trouver de vieux foulards colorés.

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Récemment, un post relayé sur le Huffington Post et écrit par la blogueuse Doublerose a aussi mis en garde contre la charge mentale potentielle du zéro déchet. Diane Ballonad Rolland, autrice d’un cahier pratique sur la charge mentale (éd. Larousse) rappelle que « si le zéro déchet est une décision qui implique toute la famille, elle reste dans la grande majorité des cas prise par la femme. » Il faut donc veiller à partager sa mise en œuvre au quotidien. Mélanie Lily, elle, affirme pourtant n’avoir jamais eu autant de temps pour elle que depuis qu’elle est minimaliste et zéro déchet. Une fois l’organisation mise en place, elle explique que « c’est une grande source de stress en moins. » Qui procure aussi une grande satisfaction. « Il n’y a rien de tel que de se dire qu’on ne fait plus partie du problème », explique Camille. « Et qu’on fait même partie de la solution ! »

 

Encadré : Les débuts du zéro déchet

 

Septembre 2013. Le livre Zéro Déchet inonde les librairies françaises. Sur sa couverture, une femme blonde aux cheveux longs, la main droite plongée dans un bocal en verre rempli de cacahuètes, nous annonce avoir réalisé 40 % d’économie en réduisant ses déchets à moins de 1 l par an. Si vous lisez son livre, Béa Johnson, une française installée aux États-Unis, promet de vous apprendre à imiter son exploit à l’aide d’astuces : acheter en vrac, faire son compost avec ses épluchures, préférer le lavable au jetable… À l’heure où les catastrophes climatiques se multiplient, l’initiative minimaliste tombe à pic. Face aux images de bouteilles en plastique qui flottent tristement à la surface des océans, les poubelles vides de Béa Johnson sont une bouffée d’air frais. D’autres lui emboitent bientôt le pas, à l’image de Jérémie et Bénedicte qui lancent le blog La Famille Zéro Déchet, qui distille sur un ton humoristique et déculpabilisant des conseils pour réduire sa consommation. D’abord assez confidentiel, le zéro déchet prend de l’ampleur. Laëtitia Van de Walle, qui a créé la marque de cosmétiques solides Lamazuna en 2010, date cette explosion soudaine du zéro déchet à 2015. « La mode est arrivée d’un coup au moment de la COP21 qui se déroulait en France », explique-t-elle. Depuis, les initiatives se multiplient à travers des associations (Zero Waste France), des blogueuses qui donnent des conseils pour se lancer, des communes qui s’engagent (Roubaix), des marques (Lush ou Bonobo), des réseaux de boutiques en vrac, l’ouverture d’une maison du zéro déchet à Paris… Et ce n’est que le début !

 

Encadré : Quelques gestes pour débuter

 

Nous avons demandé à des spécialistes du zéro déchet de nous suggérer quelques gestes simples pour débuter :

 

  • Éviter tous les emballages de transport. Pour les fruits et légumes, on achète des sacs à vrac. Pour le reste, on emmène un tote bag dans son sac à main !
  • Coller un « stop pub » sur sa boîte aux lettres.
  • Demander à ne pas avoir de paille jetable dans son cocktail.
  • Remplacer ses cotons-tiges par un oriculi, un cure-oreille en bois.
  • Au lieu d’acheter des vêtements neufs, échanger des habits avec ses amis ou aller se fournir dans les friperies.
  • Remplacer les mouchoirs, les lingettes démaquillantes et les essuie-tout à usage unique par leurs homologues en tissu.
  • Installer un bac à compost dans sa cuisine pour recycler les pelures de fruits et de légumes. Dans les grandes villes, il existe parfois des bacs à compost partagés.
  • Passer à la culotte menstruelle, à la cup ou aux protections hygiéniques lavables. Si ce n’est pas possible, alterner protection à usage unique et protection lavable.
  • Supprimer ses mails.
  • Tenter une initiative après l’autre et ne jamais se juger ou se mettre trop de pression !

 

Retrouvez ce texte de Texte Pauline Le Gall
dans le Volume 6 des Confettis.

 

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