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Inspiration et aspirations féminines

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Bande de créatrices

Talents | , 3/02/20 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

L’amitié et la complicité, au-delà de la concurrence : témoignages de la bande de créatrices formée par Alix Petit, Caroline Petit et Marie Courroy, à la tête des marques Heimstone, Three Seven et Modetrotter.

Bande de créatrices

 

Marie, Alix, Caroline, comment vous êtes-vous rencontrées ?

Marie : J’ai d’abord connu Alix car je vendais Heimstone sur le site multimarques pour lequel je travaillais et puis j’ai rencontré Caroline, à la tête de la marque Three Seven qui était à New York. On est toutes les trois devenues copines, une petite bande de créatrices. On s’est vraiment connu par le boulot mais, au bout d’un rendez-vous, notre relation a bifurqué vers celle qu’ont les bestfriends (rires).

 

Pourquoi vous être toutes tournées vers la création ? Venez-vous de familles d’artistes ?

Alix : Artistes non, mais entrepreneurs oui. Notre maman, avec Caroline, est architecte d’intérieur et elle possède sa boîte depuis un moment maintenant. Je crois qu’elle a travaillé pendant dix ans dans un grand groupe d’architectes puis elle a monté son entreprise. Notre père a cofondé l’agence de publicité qui s’appelait BDDP, puis celle-ci fut rachetée pour devenir TBWA. Il a donc été entrepreneur durant une vingtaine d’années avant de vendre sa boîte.

 

Caroline : Ils évoluaient tout de même dans des milieux créatifs, bien que ni notre mère ni notre père ne furent peintre ou musicien. Nous avons évolué dans un milieu où il y avait un intérêt certain pour l’esthétique et l’image.

 

Marie : Ma mère a fait une école d’art et je me rappelle qu’elle nous réalisait des commodes et des boîtes à bijoux quand nous étions petites (rires). Mais c’est un souvenir d’enfance car elle n’a plus touché un pinceau des trente ans qui ont suivi. Et soudainement, il y a sept ans, elle s’est remise à l’art. Elle fait maintenant des expositions, elle passe ses journées à peindre, elle adore ça. Alors que mon père est à l’opposé le plus total de cet univers-là. Il faut s’imaginer un scientifique, un médecin, qui ne croyait qu’au bac S, option mathématiques. J’avais réussi à négocier un bac ES, avec l’option maths (rires). Il était persuadé que les mathématiques forgeaient un esprit rigoureux et carré. Je crois réellement que j’ai pris de mon père et de ma mère. Il est vrai que la création de la marque Modetrotter a une dimension artistique, mais j’ai un profil commercial. D’ailleurs 90 % de mes journées est consacré à la comptabilité, à la gestion des ressources et des équipes. La création ne doit représenter que 10 %.

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Vous aviez donc l’envie d’entreprendre depuis toujours ?

Marie : Oui, absolument ! J’ai toujours voulu être à mon compte.

 

Alix : Je ne me suis jamais posé la question, mais cela s’est fait comme ça, de manière très naturelle. J’ai fait une école d’art puis une école de stylisme/modélisme. J’ai travaillé auprès d’un créateur français pendant un an et puis, instinctivement, j’ai voulu lancer ma marque. Je ne me souviens même pas de m’être questionnée à ce sujet.

 

Justement tout paraît très libre et naturel dans vos parcours, cela vient-il de vos caractères ?

Alix : Oui, je crois qu’il faut un certain tempérament.

 

Caroline : Il ne faut pas avoir peur d’oser. Je crois qu’il faut un juste équilibre entre un réel pragmatisme, pour prendre les choses avec rationalité, et un peu d’insouciance. Si tu commences à te poser trop de questions, tu n’avances pas. Je me suis lancée dans la céramique sans avoir de formation pour. Et si j’avais écouté les gens qui me disaient que je n’allais pas y arriver, je n’aurais jamais osé le pari.

 

Marie : Exactement, d’ailleurs les assiettes de Caroline ont cette forme irrégulière qui illustre parfaitement le fait qu’elle soit autodidacte.

 

Caroline : C’est vrai. Je faisais mes assiettes avec un rouleau à pâtisserie, ce qui donnait un résultat vraiment original et complètement charmant, alors j’ai continué. Aujourd’hui dans notre mode de production, nous conservons cette « erreur » en l’améliorant. Aussi, je dirais que, pour se lancer, il faut avoir la capacité de se remettre en question. Sans prendre les erreurs pour des échecs mais comme des points à améliorer. Il est important de toujours positiver.

 

Marie : Ça aide de ne pas avoir peur. Je me dis toujours : « Et au pire ? » Au pire, ça ne marche pas et ça n’est pas la fin du monde. Je ferai autre chose. Et pourtant j’ai traversé quelques tempêtes !

 

Alix : Oh oui ! Moi aussi. J’ai cru que j’allais mettre la clé sous la porte deux ou trois fois ! Caroline n’en est pas encore là, mais ça va t’arriver aussi ma petite (rires) !

 

Caroline : Moi j’ai voulu être plus intelligente (rires). Je me sers de leurs expériences pour bâtir des bases solides à ma boîte (rires) !

 

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Un élément semble vous relier, c’est le goût du voyage. Comment analysez-vous cela ?

Caroline : Je n’ai pas l’impression que le voyage structure mon inspiration. J’ai vécu durant onze ans aux États-Unis, je suis mariée à un Américain, alors nécessairement tout cela fait partie de moi, mais je ne peux pas dire que le voyage soit le moteur de mon inspiration comme cela pourrait l’être pour Heimstone.

 

Marie : Le voyage n’est pas un pilier de nos collections comme pour Alix. Les cultures, les paysages des autres pays influencent nos créations mais ce n’est pas notre axe de développement artistique. Mais on adore voyager et cela fait partie intégrante de notre ADN !

 

Caroline : Oui et puis le voyage est aussi une ouverture sur le monde qui profite à n’importe quelle entreprise, c’est une manière de « briser les codes ».

 

Le voyage permet peut-être aussi d’avoir des inspirations qui prennent racine plus profondément que les tendances actuelles de la mode ?

Marie : C’est vrai, je crois d’ailleurs qu’Alix, Caroline et moi, nous nous retrouvons dans ce « non intérêt » pour la mode. Quand on me pose la question « Que penses-tu de l’arrivée d’Hedi Slimane chez Céline ? » j’avoue ne pas savoir quoi répondre, car cela ne m’intéresse pas.

 

Alors vous faîtes une mode que vous avez envie de porter ?

Marie : Oui, complètement.

 

Alix : Ce sont des collections très spontanées en plus.

 

Marie : Je suis incapable de savoir quelles seront les tendances en 2019, je ne peux pas !

 

Alix : C’est drôle car je me suis largement inspirée du fonctionnement de Marie qui sort une nouvelle collection chaque mois. Je viens de terminer mes collections pour l’hiver 2019 et Marie, qui est en flux tendu, doit terminer sa collection de novembre.

 

Marie : Tu peux dire que je suis désorganisée (rires) ! Mais on adore échanger là-dessus. J’ai la chance d’avoir des actionnaires qui me poussent et me donnent énormément d’outils, et nous avons discuté durant trois heures des dynamiques de création avec Alix la dernière fois. Je n’y vois que du positif si, de son côté, elle peut s’enrichir de mes expériences. Durant les mauvais moments, on se motivait d’ailleurs.

 

Et pensez-vous que l’on ne puisse pas avancer toute seule ?

Alix : Je pense que tu ne peux pas avancer sans déléguer.

 

Caroline : Je pense qu’avoir une bonne équipe à tes côtés est primordial. L’échange, le débat et la variété des perspectives sont très enrichissants pour le projet que tu portes.

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Avez-vous des mentors ou des gens qui vous accompagnent au quotidien ?

Marie : Oui, mes associés que j’apprécie beaucoup. Notamment l’un d’entre eux qui a toujours été dans le domaine du produit de mode. Il est hyper intéressant et donne des tas de conseils. C’est marrant car il me guide grâce à son expérience, sans jamais faire à ma place. Il souhaite que je réalise les choses par mes agissements. C’est tellement enrichissant. Et puis, ma superbe rencontre ça a été Sharon Krief de Ba&sh. Elle a tellement d’empathie pour les autres. Elle met ses qualités humaines au service du business et, pendant longtemps, je me suis autodéterminée en me disant : « Et là, qu’est-ce que ferait Sharon à ma place ? »

 

Alix : Je ne crois pas avoir de mentors, mis à part mes parents et Marie qui a une tête très bien faite. Mais je suis très émue par les réussites de petites boîtes qui deviennent des piliers en terme de business. Je viens de terminer le livre de Phil Knight, le fondateur de Nike, et c’est tellement inspirant. D’autant plus quand tu comprends que ces personnes sont passées par les mêmes questionnements et doutes que toi. C’est très facile de s’identifier. Je me retrouve dans cette détermination.

 

Marie : J’ai adoré le livre de votre père J’ai vendu mon âme à McDo d’ailleurs ! Son parcours est incroyable. Et il y a une phrase qui m’a particulièrement marquée, c’est : « Parfois il vaut mieux faire et s’excuser après. » Il a tellement raison !

 

Où avez-vous envie d’amener vos projets à court ou à plus long terme ?

Caroline : Beaucoup de personnes font de la céramique en ce moment, mais ce ne sont pas des concurrents directs, car les autres marques ne les font pas et ne les signent pas à la main. Alors, en toute modestie, j’aimerais devenir la marque la plus cool de céramique !

 

Alix : Ayant ma boîte depuis onze ans maintenant, je crois avoir réglé tous les soucis qui m’empêchaient d’avancer et de faire grandir mon entreprise. Je m’éclate vraiment dans ce que je fais et j’aimerais continuer dans cette voie. Il y a eu ces moments où je passais 80 % de mon temps dans l’administratif et je suis super heureuse aujourd’hui de pouvoir accorder près de la moitié de mon planning à la création. Nous avons d’ailleurs lancé la partie lifestyle du site internet : « Empower women through creativity ». Ce sont des articles de blog que je réalise afin de mieux incarner les valeurs Heimstone et de faire comprendre que les femmes ont toutes une part de créativité en elles.

 

Marie : Alors j’ai toujours un peu de mal à me projeter mais je veux absolument que Modetrotter soit plus qu’une marque, que ce soit un véritable univers à part entière. J’aimerais qu’un jour cela semble normal si on trouve des pressings Modetrotter. Je rêve d’un développement comme la marque Kitsuné qui a un label de musique, un café, une marque de vêtements et tout cela dans la plus grande cohérence. Je veux sortir du vêtement, aller plus loin que ça. Notre prochain chantier sera d’ailleurs le lancement de podcasts !

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Crédits Photos © Elodie Daguin

 

Retrouvez l’intégralité de cette bande de créatrice dans le Volume 6 des Confettis, disponible sur la boutique

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