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Viviane Salin, The Banana Split Project

Talents | , 27/01/20 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

Française d'origine asiatique vivant à Singapour, Viviane Salin lance le Podcast The Banana Split Project, soucieuse de libérer la parole des expatriés. Une réflexion sur l'héritage et l'identité !

Viviane Salin,  The Banana Split Project

Viviane, vous avez lancé le podcast The Banana Split Project de manière à libérer la parole des « Bananes ». Qui sont ceux que vous appelez les « Bananes » ? Quels sont les intervenants de ce podcast ?

A l’évocation de ce fruit, on visualise naturellement une peau jaune et une chair intérieure blanche. Cette expression est utilisée avec humour pour désigner les Français d’origine asiatique ou tout autre asiatique élevé dans un pays occidental. Leur apparence est bien asiatique, mais leur éducation, culture, mode de pensée, sont bien ancrés dans le pays occidental où ils ont grandi. Dans leur tête, ils sont plus français (ou occidental) que chinois, vietnamien, cambodgien…

Dans ce podcast « The Banana Split Project », j’invite des Français – mais aussi Suisses, Australiens, Espagnols, Américains, Canadiens – d’origine asiatique, qui font le choix de revenir vivre en Asie. Leurs profils sont très divers et ils vivent à Singapour, Hong-Kong, Ho-Chi-Minh…

 

Ce qui m’intéresse, et c’est pour cela que j’ai appelé le podcast « Banana Split », c’est la coupure, le décalage qu’il peut y avoir entre ce que les gens perçoivent d’eux et ce qu’ils ressentent intérieurement. Comment ils voient le monde avec leur regard façonné en France et comment le monde les voit. La confrontation avec leur part d’identité asiatique, leurs racines, est d’autant plus forte qu’elle a lieu sur le continent de leurs origines, de leurs ancêtres.

 

Pourquoi le format du podcast pour The Banana Split Project ?

Le podcast a l’avantage d’offrir un format intimiste donnant une bonne proximité avec l’auditeur, et il se prête bien à ce moment de partage, de récit personnel et d’introspection. Il n’est pas intimidant pour l’invité, qui a simplement l’impression de converser avec moi. Sur le plan technique aussi, c’est plus simple à réaliser, je fais tout moi-même. Et c’est vrai que le podcast est tendance en ce moment !

Viviane Salin Banana Split Project Les Confettis

De quelle manière The Banana Split Project fait écho à votre propre expérience ? Quel votre parcours ?

Je suis née en à Strasbourg en France, de parents asiatiques, venus étudier dans les années 70. Ma mère vient de Hong-Kong et mon père est chinois d’Indonésie. J’ai grandi à Strasbourg jusqu’à mes 20 ans. J’ai eu un parcours d’élève modèle, dans le système public, je me sentais complètement française, mis à part un épisode de discrimination en maternelle où j’entendais qu’on m’appelait « chinetoque » et je ne comprenais pas ce que cela signifiait.

J’ai ensuite intégré HEC et j’ai été diplômée en 2002. Après quelques années dans l’évènementiel à Paris, j’ai suivi mon mari à Singapour, où il a eu une opportunité professionnelle. Cela fait maintenant 14 ans que nous y sommes installés et nos deux enfants y sont nés.

C’est depuis que je suis à Singapour que je me reconnecte avec mes origines asiatiques. Mais c’est aussi là que je me suis confrontée au regard interrogateur des locaux, que ce soit à Singapour, en Thaïlande, au Vietnam, en Malaisie, en Chine en Indonésie, au Cambodge, au Laos (tous les pays dans lesquels j’ai pu voyager depuis que je suis en Asie) qui se demandent bien d’où je viens, quel est ce drôle d’individu qui leur ressemble mais qui n’est pas vraiment comme eux. Et lorsque je réponds que je suis française, je vois bien que ce n’est absolument pas la réponse qu’ils attendent et que cela les perturbe. De la même façon, les Français rencontrés à Singapour ne m’identifiaient pas au premier abord comme une des leurs, et cela m’a interpellée.

J’en suis donc venue à me poser des questions sur mon identité, sur les multiples facettes culturelles qui la composent, ainsi que sur ce qu’attendaient les gens en me voyant, ce que je projetais, et ce que je ressentais. A l’évidence, quelque chose ne collait pas !

En partageant ces réflexions autour de moi avec d’autres Français d’origine asiatique, je me suis rendue compte que cela résonnait avec leur propre vécu. Et l’idée m’est venue de raconter leurs histoires, de partager ces expériences riches et variées. Quel est leur parcours familial ? Pourquoi leurs parents sont-ils venus en France et pourquoi eux, une génération plus tard, font le chemin inverse pour s’installer en Asie ? Quelle mutation s’est opérée entre temps ?

 

Quelle est votre définition de la communauté ? Et celle de la citoyenneté ?

La communauté regroupe un ensemble de personnes se reconnaissant mutuellement autour de valeurs, de culture, de gouts, de vécus et d’intérêts communs. Il y a une volonté de partage, d’échange, d’entraide, et de solidarité, ainsi qu’un plaisir d’être ensemble. On peut très bien faire partie de plusieurs communautés, que ce soit sur le plan culturel, professionnel, sportif, artistique et autre. La citoyenneté est pour la plupart des gens unique, mais peut aussi être multiple, elle relève de l’appartenance à une (ou plusieurs) nations, et s’accompagne de droits et de devoirs. Comme par exemple voter depuis Singapour pour les présidentielles en France. C’est symbolisé par le(s) passeport(s) qu’on détient.

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Qu’avez-vous trouvé en Asie qui vous manquait en France ?

Je ne ressentais pas de manque particulier en France. Ce que j’aime en Asie, c’est ce foisonnement, cette vitalité qu’on retrouve et qui s’accompagne aussi paradoxalement d’un sentiment de sécurité. J’aime aussi l’équilibre du corps et de l’esprit, par exemple la bonne habitude qu’ont les gens dans tous les pays asiatiques, de faire massages régulièrement, pour entretenir sa santé mentale et physique…j’en suis fan !

Et bien sûr, en tant que mère de deux enfants, j’apprécie la facilité de la vie de tous les jours, avec la possibilité d’employer une aide à domicile, une « maid », qui vit avec nous et qui permet d’alléger le quotidien et la logistique familiale.

 

Depuis que vous vivez en Asie, portez-vous un regard plus apaisé sur votre héritage et votre identité ?

Absolument, je pense qu’inconsciemment, le chemin que j’ai entrepris en venant Asie allait en ce sens ; je recherchais sans le savoir mes racines. Je m’ouvre maintenant à cette part d’identité qui n’était pas exprimée chez moi, et je cherche à découvrir le passé de ma famille. Je me rends compte que j’ai beaucoup de choses aussi à apprendre, notamment sur l’histoire de la Chine, les guerres dans la région, les migrations. Je me réconcilie avec cette part asiatique en appréciant la richesse de ces cultures.

 

Devenir mère a t-il boosté votre besoin de recouvrer vos racines ?

En devenant mère, surtout dans un contexte d’expatriation, où les enfants ne grandissent pas dans le même pays que celui que j’ai connu enfant, j’ai eu d’abord le besoin de transmettre la langue et la culture française dans un contexte anglophone et asiatique. C’est ce qui d’ailleurs m’a amené, avec mon mari, à créer La Petite Ecole, une école maternelle bilingue (français-anglais) à Singapour.

Ce n’est que plus récemment, dès lors que mes enfants ont acquis leurs fondations françaises, que j’ai cherché à ancrer l’histoire familiale, dans sa partie asiatique. D’où viennent leurs grands parents ? Leurs arrière-grands-parents ? Où ont-ils vécu ? Mes enfants ont la chance d’avoir déjà visité de nombreux pays dans la région et de pouvoir donc visualiser les différentes cultures dont ils sont issus.

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Vous êtes également la fondatrice de La Petite École. Dite-nous avec vos mots de quoi il s’agit ?

La Petite École est une école bilingue, français-anglais, qui suit le programme français de l’Éducation Nationale et le propose en deux langues, avec deux enseignants natifs pour chaque classe, dans un environnement bienveillant centré autour de l’enfant et de ses apprentissages. Nous avons ouvert la première Petite École (maternelle et crèche) à Singapour en 2012, puis à Bangkok (maternelle) et Ho Chi Minh (crèche, maternelle et élémentaire) en 2017. Nos établissements à Singapour et Bangkok sont homologués par le Ministère français de l’Éducation Nationale.

 

Que souhaiteriez-vous dire à celles et ceux qui cherchent encore l’endroit de ce monde auquel ils appartiennent ?

J’aimerais leur dire de rester ouvert, curieux, de voyager et découvrir les pays de leurs origines, même si ce ne sera pas forcement là qu’ils se sentiront le plus à leur place. Mais ils peuvent aussi y ressentir une révélation, une certaine familiarité. Le sentiment d’appartenance est tellement complexe et relève aussi de l’affectif, des relations tissées avec les personnes qui se trouvent à tel endroit et des expériences vécues. Alors, bon voyage !

 

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