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Charlotte Cadé, passionnément Selency

Talents | , 20/09/21 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

Devenue la référence des esthètes en quête d’éthique, la plateforme Selency donne de nouvelles perspectives au mobilier ayant un passé. Une marque que l’on doit à l'entrepreneuse Charlotte Cadé.

Charlotte Cadé, passionnément Selency

Avez-vous toujours su que vous vouliez entreprendre ?

Non, pas du tout, ce n’était pas une vocation. Je l’ai découvert sur le tas, par hasard. Ce qui m’a amenée à cette entreprise, c’est la passion pour le secteur de la décoration. C’est naturellement que j’ai été amenée à entreprendre. Mais en soi, plus jeune, je ne me suis jamais imaginée entrepreneuse, ni même au cours de mes études. C’est l’idée et le concept qui m’ont emmenée jusqu’à cette réalité.

 

Comment le concept est-il né ?

Porté par la passion ! À l’époque, je passais beaucoup de temps à chiner, à chercher des idées déco, sur Le Bon Coin, dans les brocantes. Et un jour je me suis dit que ça serait top d’avoir un site qui me fasse gagner du temps, en sélectionnant les plus belles pièces, le tout en évitant de proposer des produits bas de gamme, comme on peut trouver aujourd’hui partout. Il fallait que le site fasse le tri dans les sélections et apporte vraiment un service. C’est donc parti de mon propre besoin puis j’ai étudié si j’étais la seule dans ce cas, ou si plusieurs personnes se reconnaissaient dans ce besoin. Le moment où je me suis retrouvée à chiner partout, c’est lorsque je voulais sortir des standards de la déco en meublant mon appartement. J’avais envie d’un intérieur qui ait une âme, qui dégage quelque chose et pour construire cela, la solution c’est la brocante. Il faut chiner des pièces qui ont du vécu. Cela apporte de la personnalité à l’endroit, mais permet aussi de respecter des budgets parfois limités. Après, il est vrai que cela repose aussi sur mon trait de caractère. Lorsque j’ai une idée, je n’en démords pas. Je suis assez téméraire, donc effectivement j’avais cette idée, et je me suis dit que cela ne coûtait rien de la tester et de voir si cela prendrait. Au pire, je retournerais chercher du travail par la suite. C’était donc pour moi le bon moment, j’avais 25 ans, je venais de quitter mon job et je n’avais pas beaucoup de contraintes, si ce n’est de subvenir à mes besoins. Je n’avais pas d’engagement par ailleurs (type appartement, famille, etc.). Je n’avais aucun poids et la totale liberté de m’engager dans quelque chose.

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Le choix de l’association était-il pour vous une évidence ? Et pourquoi l’avoir fait avec celui qui est devenu, aujourd’hui, votre mari ?

Je ne suis pas du tout une solitaire, c’est indispensable pour moi de bosser en équipe. Je ne me voyais vraiment pas avancer seule. Moi, ce qui m’intéressait, c’était de construire une équipe. Au moment de me lancer, au-delà de la folie qui m’animait pour faire ce projet, je savais que je n’avais pas forcément toutes les compétences et il me fallait aller les chercher ailleurs. À ce moment-là, je ne connaissais rien au web, je ne connaissais pas vraiment le design, la brocante, etc. Je ne connaissais pas les enjeux des brocanteurs, les enjeux des start-up, j’avais tout à apprendre. Et donc créer une équipe, c’est ce qui m’a plu. Par ailleurs, je pense que c’est un vrai plus d’avoir mon conjoint à mes côtés dans l’aventure. J’avais quand même rencontré cinq autres associés potentiels, avant de choisir Maxime, mon conjoint. Il y avait en fait, à chaque fois, quelque chose qui n’allait pas, un décalage de vision, un décalage de complémentarité, d’ambitions ou un risque de se marcher dessus. Et à chaque fois, je me disais que c’était trop risqué. Nous avons beaucoup discuté avec Maxime. Puis nous avons décidé de nous lancer, tous les deux, tout en gardant la priorité sur notre couple bien sûr. Nous avons eu de la chance, car cela s’est très bien passé. On est très complémentaires en terme de compétences mais nous avons les mêmes valeurs, la même vision, la même ambition et donc on était super alignés. Et aujourd’hui, avec du recul, je pense que c’est une grosse valeur ajoutée. Grâce à cette communication et nos échanges, nous avons gagné du temps. Notamment les deux premières années où ça a été du non-stop. Si j’avais été associée à quelqu’un d’autre, j’aurais du attendre le lendemain ou le lundi pour pouvoir partager une idée par exemple. Là, avec Max, tout était traité dans la minute. Je pense que cela nous a fait gagner beaucoup de temps, et aujourd’hui je ne me verrais pas associée avec quelqu’un d’autre.

 

Vous avez franchi avec succès toutes les étapes de la start-up. Levées de fonds, croissance, changement de nom, expansion au B to B, ouverture de points de vente physiques… Quelles ont été les étapes les plus difficiles à franchir ?

Il a fallu franchir plein de petites étapes pour arriver à en passer de vraies grosses. Les levées de fonds, c’est ce qu’il y a de plus dur, car il y a une dépendance à quelqu’un, contrairement aux autres étapes au cours desquelles, avec la motivation, on peut arriver à nos fins. Dans les levés de fonds, on est obligés d’arriver au bout, car sinon la boite meurt. Je trouve que cela est assez dur psychologiquement. C’est du stress très important. Tout en dépend. Et en même temps, ce n’est pas une fin en soi, c’est juste un moyen pour arriver à déployer des projets, alors que les projets en eux-mêmes sont beaucoup plus gratifiants.

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Vers qui vous tournez-vous en cas de doute ?

En réalité, je ne me tourne pas vraiment vers des personnes particulières, je pense que c’est pour cela que c’est important d’être associés en entreprise. La seule personne vers laquelle je me tourne, c’est mon associé. Je ne communique pas mes doutes à l’équipe. Je gère en solo, et je pense que c’est ce qu’il y a de plus dur pour un entrepreneur.

 

Votre concept est à la fois très noble car il permet de redonner une seconde vie aux objets, et répond à nos envies de changement de consommation. Mais il peut sembler à la fois presque idéaliste de vouloir concurrencer des géants comme eBay, Le Bon Coin ou autres. Comment Selency se positionne-t-il ?

Par rapport à eux, nous avons deux gros axes qui nous différencient. D’abord le côté sélectif. On accepte que des produits de qualité afin de faire gagner du temps aux gens, en leur proposant uniquement un catalogue qui a déjà été très filtré. Notre seconde force, ce sont les services qui sont apportés autour, qui vont aussi faire gagner du temps aux acheteurs : les clients peuvent se dire qu’ils vont payer en ligne de façon sécurisée, avec un service client dédié qui est là pour les accompagner et répondre à leurs questions, il y a aussi un service de livraison qui permet d’aller chercher le produit chez le vendeur ou de réceptionner chez soi. Je pense que ce dernier point est notre plus gros atout.

 

Nous ne souhaitons pas avoir un catalogue infini. De toute façon, nous souhaitons rester une « marketplace » dédiée à l’univers de la maison, bien que nous nous ouvrions aussi à l’achat d’art. Nous recevons à peu près 800 annonces par jour, venant majoritairement de professionnels, en s’ouvrant demain aux particuliers, il y a un potentiel de marché énorme.

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Pour vous, quel fut le choix le plus difficile à faire ?

Les choix les plus durs à effectuer sont les choix humains. Et les enjeux de recrutement sont toujours des choix compliqués. S’engager et recruter les bonnes personnes est vraiment délicat, même encore aujourd’hui. Et ce que l’on peut appliquer avec une personne, ne marchera pas forcement avec une autre. Réussir à garder les bons profils également. Par exemple, il y a des personnes qui ne sont pas restées dans l’équipe car cela ne « matchait » pas. C’est hyper douloureux humainement de devoir mettre un stop à une expérience et en même temps c’est l’une des responsabilités du chef d’entreprise. Le management est quelque chose qui m’anime beaucoup et qui m’intéresse de plus en plus, au-delà de la passion pour le secteur, pour la déco. Comprendre les enjeux, se remettre souvent en question… Je trouve que c’est hyper intéressant. Avec Maxime, on transmet cette vision à tout le monde. Cela apporte beaucoup de bienveillance au sein de l’équipe. Tout simplement car les gens font attention les uns les autres, ils se préoccupent surtout de cette aventure humaine. On est convaincu que si les gens sont épanouis, les résultats seront là.

 

Pour vous, que signifie la réussite ?

Pour moi, il y a plusieurs choses qui constituent la réussite. D’abord la pérennité de l’entreprise. Construire quelque chose qui va être durable est essentiel car on ne bâtit pas un projet pour le voir exploser cinq ans après. Dans cette logique-là, je veux construire une équipe pérenne. Le deuxième fondement pour moi, c’est une entreprise qui respecte son environnement et qui œuvre pour le respecter. Je trouve qu’avoir un business qui tourne et qui ne détériore pas la planète dans laquelle on vit, est un véritable moteur. Enfin, il y a la performance. Être une entreprise en croissance, qui arrive à atteindre ses objectifs – cela fait cinq ans que l’on double notre volume de ventes chaque année –, c’est signe qu’il y a un intérêt et que l’on répond à un besoin du marché auquel on s’adresse.

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Quel est votre équilibre aujourd’hui ? Être accompagnée d’une équipe structurée et qualifiée, vous permet-il de prendre plus de recul ?

Par rapport à nos débuts, tout a changé, mais je n’ai pas l’impression de donner moins à la boîte. Effectivement, il y a cinq ans, je n’avais pas ces équipes sur lesquelles je peux m’appuyer aujourd’hui. Mais les challenges d’aujourd’hui sont aussi plus gros. Il y a d’autres sujets qui arrivent ; à chaque étape du développement, tout est différent. C’est ce qui fait la beauté de l’entrepreneuriat. Je ne dirais pas que je suis moins engagée qu’avant mais c’est vrai que je ne bosse plus quinze heures par jour comme je le faisais avant. J’ai une vie beaucoup plus tranquille.

 

Quels sont les enjeux à moyen et long terme pour Selency ?

Aujourd’hui, nous sommes très sollicités par les professionnels, les brocanteurs, mais on souhaite s’ouvrir aux particuliers. Il y a un potentiel de marché énorme. C’est notre plus gros enjeu pour l’instant. Nous voulons aller chercher de la masse, mais de qualité. Nous avons en développement une application mobile. On a notamment beaucoup travaillé sur la version mobile du site, mais cela ne nous permet pas encore d’être totalement optimal sur toutes les fonctionnalités qui pourraient être en jeu. Avec l’application, on pourrait imaginer recevoir une notification sur un objet que l’on recherche. Enfin, on souhaite aussi s’ouvrir au marché international, notamment aux pays du nord de l’Europe.

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Vos 3 conseils business :

– Ne pas perdre de temps, foncer et prendre des décisions : donc être assez réactif !

 

– Être organisé, être capable de maîtriser son agenda, être au clair dans son organisation interne, être bien outillé pour aller à l’essentiel, avoir des objectifs clairs.

 

– Mettre du cœur à l’ouvrage. Être vraiment passionné et porter de l’intérêt à des éléments qui ne nous paraissaient pas forcément dans nos cordes au départ.

 

Vos 3 conseils déco ?

– Éviter des intérieurs entièrement neufs qui n’ont aucun charme, ni aucune âme. Il faut mixer du neuf et de l’ancien.

 

– Oser et se lâcher sur des motifs, des couleurs, des tissus. C’est ce qui apportera une vraie personnalité.

 

– Dédramatiser la déco. Ne pas craindre de craquer sur une pièce car, au pire, si elle ne va pas, vous pouvez la revendre. Et si c’est de la seconde main, cela ne perd jamais sa valeur.

 

Retrouvez l’intégralité de notre entretien avec Charlotte Cadé
dans le Volume 7 de notre revue Les Confettis.

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