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Rencontre avec Elizabeth Milovidov

Démarche | , 21/05/18 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

Avocate américaine, Elizabeth est une passionnée de droits des enfants à l'ère numérique. Elle répond à nos interrogations sur les bonnes pratiques pour nos enfants.

Rencontre avec Elizabeth Milovidov

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Elizabeth : Je m’appelle Elizabeth Milovidov, je suis américaine et plus précisément californienne. Je suis avocate au barreau de Californie et aussi au barreau de Washington D.C. Ça fait maintenant 22 ans que je vis en France. Avant cela, j’étais avocate dans un cabinet d’avocat à San Francisco. En France, j’étais directrice juridique dans deux sociétés orientées vers les nouvelles technologies. À l’arrivée de mes enfants (aujourd’hui âgés de 8 et 10 ans) j’ai voulu prendre un peu de recul et j’ai commencé à enseigner. Je donnais des cours de droit notamment du droit des affaires. J’ai fini par trouver mon équilibre en mélangeant ma vie de maman ainsi que mes passions pour le droit et les technologies innovantes. Cela va faire 5 ans que j’ai créé ma propre boîte de consulting sur ces questions.

Le tournant dans votre carrière, fut donc l’arrivée de vos enfants ?
Oui, je souhaitais avoir une activité plus flexible qui me permette d’être un peu plus à la maison. Je ne me voyais pas continuer ma carrière de directrice juridique avec les horaires à rallonge qui allaient de paire.

D’où vient votre intérêt pour numérique et les nouvelles technologies ?
J’ai toujours été intéressée par les nouvelles technologies et les possibilités d’internet. Même ce qui est de la science-fiction. Mais naturellement j’ai dû approfondir mes connaissances du net quand j’ai fait ma thèse sur le droit des enfants. J’ai ainsi été confrontée aux sites d’adoption d’enfants qui fonctionnent comme des sites de rencontre avec des photos et des descriptions. Je voulais savoir où était la légalité dans tout ça. À quel moment la marchandisation commence à empiéter sur l’intérêt de l’enfant dans le cadre du web. Ma démarche s’est construite comme ça et mon intérêt pour la protection des enfants sur internet s’est renforcé à partir de là.

On dit que les enfants sont devenus émotionnellement moins attentifs à l’école, qu’en pensez-vous ?
Je crois que oui. Toutes les études que j’ai lu et les dialogues que j’ai eu avec des parents et professeurs vont dans ce sens. Parfois les enfants arrivent à l’école trop excités soient parce qu’ils ont beaucoup joués la veille au soir, soit parce qu’ils ont été trop stimulés avant d’arriver à l’école. Dans la classe de mon fils qui est en CM2, la maîtresse est assez choquée de voir que parmi 18 élèves de 10 ans, 14 ont déjà des Smartphones ! Ils sont constamment en train de regarder leur téléphone. Ils deviennent très dispersés mais restent trop jeunes pour comprendre les enjeux. Tout devient problématique, même prendre en photo avec ses camarades de classe… Ils ne se rendent pas compte de ce que cela peut représenter.

Vos enfants ont un téléphone depuis longtemps ?
Depuis qu’ils ont 10 ans il me semble. J’ai dû batailler avec mon aîné car je passais pour la mauvaise mère, celle qui refuse de le laisser être comme les autres. J’ai fini par céder en lui laissant un ancien Iphone 5 qui n’a pas accès à internet qui peut quelquefois ramener à l’école pour « frimer » un peu. Sinon, il fait face au harcèlement de ses camarades qui lui reprochent de ne pas posséder de téléphone.

C’est un effet de groupe finalement ?
Oui, mais cet effet de groupe n’est normalement pas censé arriver si tôt et pas pour ce genre de sujets. On observe d’habitude un effet de groupe chez les adolescents qui se demandent si il ou elle est invité(e) à telle ou telle fête. Là, on voit que les téléphones avancent ce genre de problématique car les enfants n’ont pas encore assez de maturité ou d’intelligence émotionnelle si on peut dire, pour gérer ces conflits. Nous avons en tant que parents et éducateurs, un nouveau challenge devant nous.

Comment doit-on agir alors ?
Premièrement, il faut déjà prendre conscience qu’un tablette, un Smartphone ou un ordinateur n’est pas une baby-sitter électronique. Je ne veux culpabiliser personne car moi-même j’ai pu agir de la sorte mais il faut s’alarmer quand notre enfant nous dit « maman, tu es toujours sur ton téléphone ». C’est un signe. Nous sommes les modèles de nos enfants et par effet miroir, ils veulent absolument faire ce que l’on fait pour nous ressembler, pour s’identifier à nous. Ils ne comprennent pas que nous puissions être en train de travailler. Ils sont dans le stade du « paraître » et nous devons être vigilants face à ce que nous faisons paraître.

En tant que parents, devrait-on couper les écrans et les appareils connectés quand nous sommes avec eux ?
Je ne pense pas qu’il faille couper. Internet, les nouvelles technologies, ce sont des vecteurs d’avenir, on ne peut pas arrêter ça aujourd’hui. Il faut qu’on fasse une éducation qui prenne en compte les avantages des appareils connectés mais qui mette en garde contre les risques et les effets néfastes de ces éléments.

Pour vous quels sont les avantages et les bienfaits de ces appareils connectés ?
Oh il y en a plein ! (rires) La sociabilisation, la grande variété de jeux éducatifs mais finalement ce qui rend l’expérience positive c’est l’accompagnement des adultes et leur encadrement dans les découvertes digitales de l’enfant. Sur des plateformes comme Youtube, on est à 3 clics de contenu pornographique d’où l’importance d’être présent pour contrôler. Aussi, il faut rester dans la vigilance car on n’a pas assez de recul pour l’instant pour connaître tous les effets néfastes sur le physique comme l’émotionnel de l’enfant.

Quels sont les petits signes à surveiller au quotidien chez les enfants pour détecter une tendance addictive par exemple ?
Je n’aime pas trop le mot « addiction », ce n’est pas vraiment de l’addiction, c’est plutôt des usages problématiques. Un élément qui peut déjà nous permettre de savoir quelle relation nos enfants ont avec l’écran, c’est d’observer sa réaction lorsqu’on lui enlève l’écran en lui indiquant que le temps de jeu est terminé. Est-ce que la réponse au « stop » est collaborative ou est-ce que ce sont des cris ? C’est une première chose. Ensuite, je pense qu’il faut être attentif aux plaintes de maux de tête, de vision ou d’estomac car cela veut peut-être dire que l’écran est trop présent dans les habitudes de l’enfant et que le corps rejette ça.

Peut-on dissocier les tablettes des écrans de télévision dans l’usage ?
Ce qu’on appelle « le temps d’écran » soit le temps que l’enfant va passer devant les écrans comprend toutes les sortes d’écrans numériques. Télévision, téléphone, tablette, finalement c’est une accumulation surtout pour cette génération qui a constamment la possibilité de regarder ces appareils. L’être humain évolue et il faut se demander à quel moment et dans quelle proportion internet et ses outils vont impacter l’évolution des prochaines générations. Ce sont des questionnements qu’il faut anticiper.

On dit que le cerveau des enfants est malléable et que l’environnement de l’enfant va modeler le potentiel cérébral de l’enfant. Les appareils connectés et les nouvelles technologies peuvent-ils jouer un rôle positif ?
C’est une bonne question. Je ne sais pas. Je pense qu’il faut essayer de trouver un bon dosage. La principale question c’est « Est-ce que l’enfant prend du plaisir à utiliser ces outils numériques ? » Si les enfants aiment coder pourquoi ne pas les laisser coder mais si ils n’y voient pas d’intérêt, alors ce n’est pas bon de les forcer par principe.

Tout à l’heure, vous parliez de la facilité de tomber sur des contenus inadéquats notamment sur Youtube. Y-a-t-il des moyens de contrer les algorithmes de Google ?
J’apprécie énormément Google, je travaille avec eux donc je ne vais pas jouer le jeu de la mauvaise critique. Mais dans l’idée, il faut laisser tomber la volonté de gérer dès le moteur de recherche, les contenus ou les algorithmes. Ils ne sont pas là pour protéger nos enfants. Même le contrôle parental et YouTube Kids ont leurs limites. Seuls les parents peuvent protéger les enfants en restant disponibles et en parlant avec eux des contenus qu’ils veulent voir et ceux qu’ils ont vu. Il faut privilégier le dialogue.

Est-ce qu’il existe des âges paliers pour les enfants concernant l’utilisation d’Internet ?
Oui, un ami nommé Serge Tisserand avait inventé il y a quelques années le « 3-6-9-12».  Alors même si c’est idéal, ce n’est pas toujours facile à mettre en place ni représentatif dans notre société trop connecté. Mais les paliers sont tout à fait valides quand on parle de développement de l’enfant. Dans le processus du « 3-6-9-12 », il est dit que l’enfant avant 3 ans a besoin de construire ses repères spatio-temporels : jouer, parler et donc arrêter la télévision. Dans le stade de 3 à 6 ans, l’enfant a besoin de parler en famille et d’appréhender les écrans par l’intermédiaire de l’encadrement de ses parents. Et, de 6 à 9 ans, il est intéressant que l’enfant voit ce qu’il peut créer avec les écrans et comment fonctionne Internet. Il est aussi recommandé d’encourager les enfants de 9 à 12 ans de se protéger des dérives d’Internet et de protéger ses échanges. Ces paliers sont vraiment intéressants car ils se fondent sur le développement de l’enfant. D’ailleurs tous les réseaux sociaux sont fait pour les adolescents de plus de 13 ans. Juridiquement, les jeunes de moins de 13 ans sur Facebook, Instagram, Snapchat, ne sont pas en accord avec les lois.

Est-ce ce sur quoi vous travaillez actuellement ?
Je me renseigne sur le responsabilité parentale sur internet. J’aimerais étudier la perspective de la responsabilité d’un parent d’empêcher son enfant de 8 ans de créer un compte sur un réseau social qui demande à ses utilisateurs d’avoir au moins 13 ans. C’est important juridiquement notamment en cas de harcèlement, c’est très complexe et intéressant. Il faut approfondir cela.

Est-ce impensable d’imaginer que l’on puisse demander aux enfants de laisser leur portable à l’entrée de l’école ?
En septembre normalement, les téléphones seront interdits dans le primaire et secondaire. Mais je pense que c’est aux parents d’insister sur la dimension intrusive du téléphone portable à l’école. D’ailleurs, les anciens cadres de Google et de Facebook sont en train de se mobiliser pour faire entendre aux parents que les stratégies marketing des réseaux sociaux et des appareils connectés ont pour but de rendre la technologie inhérente dans la vie des enfants. Je pense que cette année est celle de l’éveil des consciences face au digital.

Existe-t-il un pays sur lequel on peut prendre exemple ?
Pas vraiment, même dans les pays scandinaves il y a des dérives. Je pense qu’il faut qu’on garde tous globalement en tête qu’une fois qu’il y a une trace digitale de quelque chose, celle-ci a les moyens de rester pour toujours. En tant que parents, nous sommes les gardiens de l’identité numérique de nos enfants. Il faut toujours y penser et encore je ne parle pas du darknet.

www.digitalparentingcoach.com

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