Démarches

La transmission active de Julie Niel-Villemin

Après deux livres sur la « green attitude », Julie Niel-Villemin propose aujourd’hui un ouvrage sur la maison zéro déchet, à destination des enfants. C’est en donnant un rôle actif aux plus petits que les réflexes ont la possibilité de se mettre en place.

Le 21 mars 2022

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Julie, depuis quand vous sentez-vous concernée par l’environnement et les éco-gestes ? 

Il est évident que cela ne vient pas de nulle part. Mes parents m’ont donné des réflexes de consommation et du bon sens. Pour autant, ce sont principalement mes grands-parents qui ont nourri ma conscience écologiste. Ils habitaient dans le Sud et avaient un potager. Ma grand-mère mettait un point d’honneur à ne consommer que du local et à faire ses bocaux maison. Adolescente, je la suivais sur le marché. À l’époque, je trouvais ça si long… Elle savait ce qu’elle voulait. Tous ses choix avaient une conscience, une origine. Cela a marqué mon propre fonctionnement. J’ai donc ensuite, naturellement, toujours fait attention à ce que je mangeais, en particulier en termes de saisonnalité et de provenance. Puis, tout a pris de l’ampleur quand, avec mon mari, nous avons déménagé en Normandie, à la naissance de Jules, notre deuxième enfant. Nous avions ce petit être fragile et je voulais faire attention à ce que j’allais mettre sur ses fesses ou lui donner à manger. Son arrivée a marqué un approfondissement de notre démarche. Je voulais faire et transmettre les bons gestes.

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Certains évènements de votre vie vous ont donné l’occasion d’aller un peu plus loin dans votre démarche. Pouvez-vous nous raconter ?

Oui, je me rappelle de plusieurs moments clés qui ont modifié nos comportements. D’abord, il y a eu ces quelques jours en Normandie où nous avons dû faire face aux caprices de la météo. Nous avons été bloqués par la neige, ce qui nous a poussés à nous adapter… Et finalement cela n’a pas trop mal fonctionné ! Nous nous sommes rendus compte qu’il fallait arrêter de remplir sans cesse ce frigo, le vider, et recommencer de manière robotique, non consciente.

 

On peut également parler du défi « Famille Énergie Positive » lancé par la municipalité durant un an. Nous avions d’abord adhéré avec mon mari pour la dimension « alimentaire », parce que l’on est de bons vivants. Nous avons pris l’habitude de mettre à l’honneur le terroir par l’assiette, au quotidien, afin de privilégier les circuits courts et l’économie locale. Mais rapidement, cette envie de lutter contre le gaspillage énergétique a dépassé le seuil de notre cuisine et s’est ramifiée. Agir pour un habitat sans pertes énergétiques, rationaliser nos déplacements, valoriser nos déchets sont des actions qui ont pris sens naturellement pour faire suite à nos premiers efforts.

 

Puis, lors de ma grossesse, j’ai ressenti ce besoin d’écrire mon premier livre sur le zéro déchet. Ce moment était particulièrement déterminant.

 

Transmettre à vos trois enfants cette façon de vivre, au quotidien, est devenue une évidence. Mais, concrètement, comment réagissent-ils ? Sont-ils vraiment partie prenante ?

Pour moi, l’essence de la transmission c’est l’exemple. Je ne pense pas que ce soit un apprentissage en tant que tel. Je pense qu’il est plus important et efficace de les rendre actifs, de les rendre concernés. On les met à contribution et ils aiment ça. Quand on va au vrac, c’est le bonheur pour eux de remplir un bocal entier de pépites de chocolat. En courses, ils me voient donner mon contenant vide au boucher, m’interroger de la provenance, de même quand nous allons à l’amap, depuis qu’ils sont petits, pour aller chercher mon panier de légumes. Donc il n’y a pas une implication précise, mais les enfants le vivent au quotidien, ils en sont les témoins.

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Ils ont donc grandi avec ces gestes éco-responsables. Mais quand ce n’est pas le cas, comment faire pour que notre progéniture se sente concernée à son échelle ?

Nos enfants se rendent compte qu’en tant qu’adultes, nous essayons de faire bouger les choses autour de nous. Mais il est tout aussi important, qu’à leur tour, ils soient dans l’action pour que ça prenne du sens. Ma fille, Louise, est devenue éco-déléguée, l’occasion pour elle de s’investir à son tour dans son collège et de pouvoir agir en proposant des actions pour protéger l’environnement. Même hors du système scolaire, je vois qu’elle réfléchit en écho avec ses engagements pour l’environnement. Par exemple, pour ses 10 ans, elle souhaitait organiser un anniversaire avec ses amis et leur a lancé un défi : lui offrir uniquement des cadeaux zéro déchet. Elle a reçu de très belles choses : l’une de ses amies a confectionné une étoile en bois, une autre un tableau, un copain a déniché un livre d’occasion. Avec cette idée, Louise a sensibilisé ses amis, elle s’est rendue compte du temps que chacun avait pu passer pour lui trouver/confectionner son cadeau et cela n’a pas de prix ! Puis, ce qui est super, c’est que la démarche s’enrichit au fil des années : plus ils grandissent, plus ils mesurent l’impact de certaines actions. Quand ils posent la question : « Pourquoi on arrête le Nutella, maman ? » Je leur explique les conséquences de la consommation de ce produit : la déforestation, les gorilles qui sont menacés. Ils sont immédiatement interpellés et veulent aller plus loin. Il font alors  un exposé sur les gorilles en classe par exemple. C’est le propre de la transmission active, les faire participer et ça marche !

 

Votre dernier livre s’adresse directement aux enfants. Le plus important pour vous était de raconter une histoire vraie ? 

Je ne trouvais pas de livres assez engageants, susceptibles d’encourager pleinement mes enfants à agir. Je voulais raconter une histoire où concrètement ils pourraient se projeter et ainsi actionner certains leviers au quotidien. Bienvenue dans ma maison zéro déchet, c’est montrer que rien ne se jette, que tout se transforme : tout est 100 % fait maison, recyclable, écologique. Les illustrations, de Bérangère Staron, étaient tout aussi importantes pour moi, concrètes, au goût du jour et cohérentes avec nos vies.

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En quoi est-ce différent que de s’adresser aux adultes ?

Un enfant est assez logique. Si nous lui faisons comprendre qu’il y a une menace pour notre planète, qu’il faut la protéger, ça ne lui viendra plus à l’idée de jeter un papier par terre. C’est plus facile pour un enfant de trouver, d’accepter une alternative dans un objectif positif car ses standards ne sont pas encore définis. Faire le bien pour le plus grand nombre est une source de satisfaction, de joie suffisante pour lui. Chez l’adulte, il s’agit d’un changement d’habitudes et c’est là où cela se corse, car nous sommes attachés à nos habitudes. C’est donc une démarche un peu plus longue à mettre en place. Ça ne sert à rien de donner des leçons de vie, de dire qu’il faut faire ça ou ça. La morale ne fait progresser ni le débat, ni les actions. Il faut que les nouveaux éco-gestes collent avec la routine de chacun sinon ça ne prend pas. Dans notre fonctionnement familial, nous avons intégré les éco-gestes, petit à petit, sans radicalité, pour ainsi procéder par étape et ne pas brusquer notre confort. Il s’agit en réalité d’une transition.

Les adultes souhaitent souvent des changements indolores, ou que ces derniers apportent une valeur ajoutée à leur quotidien. C’est comme cela que la motivation à être plus éco-vertueux prend racine. Un exemple à mon échelle serait le panier de légumes à aller chercher. Ce panier de légumes locaux a simplifié ma vie. Je n’avais plus à réfléchir à ma liste de courses, plus besoin de savoir quels légumes étaient de saison, je devais simplement aller le chercher !  C’est un challenge permanent évidemment, nous pouvons tous aller plus loin.  En ce moment, j’essaye par exemple de passer au shampoing solide. Pour l’instant, je n’ai pas encore trouvé le bon !

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Vous vivez, depuis quatre ans, dans une nouvelle maison en Bourgogne, que vous retapez à votre rythme. Imaginiez-vous ce changement de vie comme une nouvelle étape dans votre cheminement écologique ? 

Un changement de décor implique un changement de perspectives, mais également de nouveaux challenges. À Paris, je n’utilisais jamais ma voiture, ici je suis obligée. Vivre en « campagne » ne rend pas l’éco-responsabilité nécessairement plus accessible. Certes, nous gagnons sur certains plans mais perdons sur d’autres : il s’agit donc de se repositionner par rapport à un nouvel équilibre. Ce qui est certain c’est que je suis désormais pleinement active dans ma démarche. En effet, en arrivant en Bourgogne, nous sommes passés d’un appartement de 75 m2 à une maison de 300 m2. Beaucoup de choses manquaient. Nous avons donc identifié nos besoins, pièce par pièce, afin d’éviter la consommation irraisonnée. Il nous manquait des chaises dans la salle à manger ainsi qu’un buffet. Nous nous sommes tournés vers les solutions de seconde main :  Leboncoin, Selency, les ressourceries, Emmaüs. Nous n’avons rien trouvé dans l’immédiat, nous avons sacrifié l’instantanéité d’un achat « conventionnel », mais cette patience a largement était récompensée quand nous sommes tombés sur ce que nous voulions. Ainsi, les choses du quotidien deviennent précieuses car elles ont demandé de la patience. Puis, cela stimule également l’imagination : les meubles peuvent être déclinés, détournés. Avec un peu d’huile de coude et des idées, tout se transforme ! Ce dont nous avons besoin existe la plupart du temps, c’est à nous d’adapter nos habitudes pour le trouver. Nul besoin pour cela que l’industrie produise une nouvelle chose, c’est à nous de nous mettre en branle afin d’intégrer le cercle vertueux de l’économie circulaire. J’ai la conviction que notre place est dans cette chaîne.

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Vous êtes journaliste, écrivaine et depuis peu maire-adjointe de votre village. Ainsi vous avez une possibilité supplémentaire de faire rayonner vos valeurs auprès de votre communauté locale ? 

Ce poste est finalement la concrétisation d’une envie que j’ai toujours eue. Écrire était déjà pour moi un passage à l’action, mais devenir maire-adjointe donne un écho supplémentaire aux valeurs en lesquelles je crois. Jamais je n’aurais pensé le devenir, mais maintenant cela me parait logique. En réalité, j’ai été sollicitée afin de m’investir sans étiquette politique au niveau local et l’idée m’a plu. Les choses se sont faites dans une continuité très naturelle. Avant même de déménager, je me suis occupée des démarches pour les écoles, je voulais savoir si ma dernière pouvait y entrer dès 2 ans et j’ai eu l’agréable surprise d’avoir une réponse positive et enthousiaste ! Même plaisir à la découverte de la variété des activités extra-scolaires : un club d’équitation à dix minutes de la maison, un club de rugby à cinq minutes et une bibliothèque dont l’abonnement annuel est à quatre euros ! Comment ne pas être comblée ? J’ai envoyé un mail au maire pour lui exprimer ma gratitude face à ces services qualitatifs dans une ville de 1 300 habitants, j’en ai profité pour me présenter et lui dire que j’étais sensible à l’environnement également. C’était parti ! Aujourd’hui, j’agis au quotidien pour les habitants de ma ville, pour le bien commun.

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Engagée, altruiste, investie au quotidien, où puisez-vous votre énergie et votre motivation ? 

C’est un tempérament. J’ai toujours l’impression de ne pas en faire assez. J’ai besoin de faire des rencontres, de partager, de vivre une certaine transmission. Par exemple, j’ai découvert l’existence d’un trek de 100 jours organisé au Maroc. Un défi que je ne me voyais pas louper ! Cela demandait une certaine préparation physique, mais marcher seule n’était pas envisageable pour moi, je suis trop peureuse ! Alors je me suis renseignée sur les activités dans le village permettant de marcher plusieurs kilomètres par jour. Je me suis donc rapprochée d’un groupe de retraités qui se retrouvait tous les matins à 9 h pour marcher et cela est devenu mon rituel durant un an. Je marchais avec eux, mais pas seulement, je les découvrais également, jour après jour. Ce rendez-vous transgénérationnel était un bonheur. C’est fascinant de partager autant de choses avec des personnes que l’on n’aurait jamais rencontré dans un autre contexte. C’est une leçon : l’humain est inspirant et il mérite que l’on aille à sa rencontre, que l’on fasse tomber les barrières. Voilà, ma motivation.

 

Retrouvez l’intégralité de notre échange avec Julie Niel-Villemin
dans le Volume 10 des Confettis, disponible sur notre boutique.

 

Propos recueillis par Pauline Merle – Crédit Photos © Sophie Vannier