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Inspiration et aspirations féminines

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Entretien avec Tara, fondatrice de Numero 74

Talents | , 10/06/19 | share facebook Pinterest logo Share on Google+ share mail

Qu’il s’agisse de ses artisanes thaïlandaises, de ses collaborateurs européens ou encore de son fils, Tara, fondatrice de la marque de textile consciente Numero 74, ne croit qu’en une seule communauté : celle du cœur !

Entretien avec Tara, fondatrice de Numero 74

Tara, l’histoire de Numero 74 est née de votre coup de foudre pour la Thaïlande et les personnes que vous avez découvertes là-bas. Racontez-nous comment tout a commencé ?
Les balbutiements de l’aventure Numero 74 remontent à une dizaine d’années maintenant. Je venais alors de mettre un terme à mon activité web dans l’organisation d’anniversaires pour enfants. C’est alors, naturellement, qu’une amie à moi venant d’accoucher de jumeaux, m’a demandé de décorer leur chambre. J’étais traversée par de nombreuses envies et idées. C’était très stimulant. J’ai commencé par chiner du mobilier et des jouets vintage, puis j’ai tricoté et crocheté des coussins et couvertures. Face à tout cet investissement, mon amie m’a dit aussitôt : « faisons de cet univers notre nouvelle activité ! Toi, tu chines et fabriques et moi je vends ! » Nous venions d’écrire le premier chapitre de la grande histoire de Numero 74. Très peu de temps après – considérant le succès que remportaient nos créations –, j’ai été animée par l’envie de proposer à des personnes thaïlandaises de prendre part à cette aventure par le biais de leur savoir-faire. Je voulais que l’on réalise ça ensemble. La Thaïlande et moi vivions déjà une belle histoire d’amour depuis une quinzaine d’années. Nous allions alors, mon fils et moi, tous les ans au « Pays du sourire ». Mon fils Zac y avait rencontré un bébé éléphant du même âge que lui et une véritable amitié s’était créée. Alors nous avons entretenu autant que possible cette relation… et nous avons rencontré Manop. Il était chauffeur de tuk-tuk et nous conduisait quotidiennement voir Dunah, l’éléphant. Quand nous avons commencé Numero 74, c’est à Manop que j’ai demandé s’il pouvait travailler avec moi. C’est ainsi que notre lien avec la Thaïlande et ses habitants a évolué, un véritable enrichissement mutuel nous a nourri chaque jour au rythme de nombreux partages.

Vos créations textiles accompagnent avec douceur le quotidien des enfants. Coussin, bavoir, linge de lit, qu’est-ce qui motive l’élaboration de chaque pièce ?
Je ne fonctionne pas à la ligne directrice. Je ne m’impose pas de règles. Je crois cependant en une chose plus que tout : dès lors que nous faisons ce que nous aimons, alors nous sommes au bon endroit. Notre instinct, notre intuition, notre cœur, si on les écoute, ils vont alors nourrir notre créativité de façon libre et décomplexée. C’est la seule manière de se reconnecter et de véritablement créer. Il y a aussi cette volonté d’imaginer ce que l’on aimerait pour soi-même ou ses proches… et c’est très inspirant. Il ne s’agit pas d’influencer, mais de partager. Or le plaisir se décuple quand il est partagé.

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Pourquoi l’univers de l’enfant fait tant battre votre cœur ?
Je suis définitivement restée une enfant ! Pour la petite anecdote, je parle parfois à mes proches avec la voix d’une enfant (rires). Je crois que j’aime particulièrement leur imaginaire infini et sans limites. Il n’est pas conditionné par la raison ou la physique, ils se disent tout simplement que tout est possible. Je crois profondément en cela. J’essaie de rester dans cette dynamique de faisabilité. Je nourris mes rêves et je les imprègne de douceur… Je m’y accroche de toutes mes forces, même quand le quotidien ou le monde dans lequel nous vivons voudraient me faire plier.

Vos créations évoluent dans une gamme de couleurs allant du rose poudreé au gris galet, en passant par le jaune tournesol. Pourquoi la couleur est-elle si importante à vos yeux ? Comment les choisissez-vous collection après collection ?
La couleur est un vrai sujet, mais je dois vous dire que je ne sais pas comment cela fonctionne ! Je ne sais pas si c’est nous qui les choisissons ou si ce sont elles qui nous choisissent. Il y a quelque chose de l’ordre du magnétisme, de l’irrationnel. Je me suis habillée en noir jusqu’à mes 30 ans et depuis je n’ai plus rien de noir dans mes valises. Je suis dans une période où le « teal blue », le bleu canard, me parle particulièrement, bien que j’avais déjà de l’affection pour elle dans mes années « all black ». J’aime les demi-teintes, les couleurs qui racontent une histoire… un brin vintage aussi. J’aime quand on peut lire une trajectoire dans une couleur, quand on peut percevoir son vécu.

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Vous semblez fonctionner « au feeling » en laissant une grande place à la sensibilité et à la sensorialité. Est-ce que le cœur et les émotions sont les meilleurs conseillers quand on se lance dans l’entrepreneuriat ?
Je ne crois qu’en cela (rires) ! Je ne sais pas faire autrement, bien que passionnée de chiffres, je ne crois pas aux calculs quand on fait ce que l’on aime. Il faut absolument que cela vienne de l’âme pour me transporter sur la durée. Mon grand frère me dit, depuis que je suis toute petite, qu’avec moi, c’est toujours une question de vie ou de mort (rires) ! Si on ne me laisse pas faire ce que je veux, je me sens mourir. Alors forcément pour avoir cette liberté-là, l’entrepreneuriat est un merveilleux outil. Parfois, il n’est pas simple d’écouter seulement son cœur, les émotions cryptent parfois le message. La peur, le perfectionnisme, le contrôle peuvent laisser peu de place au cœur et à l’intuition. Ils sont pourtant de vrais signaux, des « wake up calls » qui résonnent – et raisonnent – quand on s’éloigne de son essence pour retrouver le chemin.

 Vous tenez d’ailleurs à ce que vos pièces soient fabriquées à la main par des femmes artisanes. Elles sont installées en Thaïlande. Parlez-nous de ces femmes qui confectionnent vos produits… D’où viennent-elles ? Que faisaient-elles avant ?
Nous travaillons avec des femmes qui habitent dans les alentours de Chiang Mai. Il n’y a pas vraiment de profil type, la majorité vit dans de petits villages, d’autres en ville. Pour la plupart, elles sont issues de tribus Karen et Aka. Elles travaillent de la maison ou réunies en petites coopératives. Elles ont toutes comme point commun le goût du travail bien fait. Elles mettent dans chacun de leur geste toute leur attention, amour et présence ; elles ne savent tout simplement pas faire autrement. Ici, la femme a toujours eu l’habitude de travailler de ses mains, en tissant ou brodant, mais cela se perd vite, trop vite. Alors on essaie de préserver ces savoirs autant que possible. Nous venons d’ouvrir une nouvelle structure qui s’occupe d’aller dans des prisons de femmes pour les former à certaines techniques afin de leur donner du travail. Le fruit de celui-ci est partagé entre la prison et la détenue elle-même. Nous collaborons également avec des centres de réinsertion. C’est très important pour moi.

Numero 74 les confettis

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Comment souhaitez-vous faire évoluer votre marque ?
Nous sommes en grande transformation. Nous lançons cet été une ligne de produits « made by you », première étape de notre cheminement. Comme son nom l’indique, il s’agit de créations à faire soi-même, du tissage à la broderie en passant par le macramé. Ce sont des kits pour maîtriser une technique spécifique, en réalisant quatre ou cinq petites créations mais aussi des kits pour réaliser un article spécifique, que nous commercialiserons d’ailleurs également fini. Nous sommes très excités par cette nouvelle aventure. Nous croyons en ce pouvoir qui passe par nos mains pour nous apaiser, nous guérir alors nous partageons cette créativité au potentiel tellement illimité. Notre offre de produits va elle aussi évoluer. Nous souhaitons revenir à ce que nous faisions à l’origine, à certains articles qui demandent encore plus de temps à la création, donc produits en plus petite quantité. Nous débordons de ce besoin de liberté de créer tout ce que l’on peut imaginer, sans contrainte. Nous rêvons de créer des espaces pour inviter à cultiver la créativité, à prendre la pleine responsabilité de sa vie, des lieux de rencontre et de transmission, entre générations et cultures, avec l’idée de faire partie d’une communauté humaine. Nous travaillons aussi sur un modèle qui se situerait entre un business classique et une fondation, où tout circulerait afin d’atteindre une forme d’auto-suffisance qui créerait surtout des richesses humaines. J’espère pouvoir vous en dire plus bientôt…

 

Retrouvez dans son intégralité l’interview de Tara dans le Volume 6 des Confettis
disponible dans notre boutique.

 

Photo en Une : ©Lucille Iselin

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